La Poste et la stratégie de la raillerie

Les quotidiens romands ont annoncé récemment la création d’équipes de responsables d’office de poste actives dans plusieurs filiales, en les qualifiant du quolibet de «facteurs volants». Cela illustre de façon surprenante que les changements stratégiques dans les organisations sont la plupart du temps mal expliqués, mal compris et surtout mal vendus.

Curieusement, lorsqu’une décision est prise d’en haut, elle semble s’imposer d’elle-même, naturellement, sans explication. Les dirigeants disent: «Mais, je leur ai déjà expliqué une fois! S’ils n’ont pas compris ils peuvent me poser des questions.» Oui, c’est juste. Mais qui va aller déranger son patron en montrant qu’il n’a pas compris. Vous voulez la réponse? Personne. Conséquence: les managers et les journalistes qui ont de l’esprit comprennent ce qu’ils peuvent.

Corollaire de ce manque d’explication, les changements sont mal compris et des inquiétudes le plus souvent infondées circulent dans l’organisation. Chacun y va de son fantasme, de ses expériences malheureuses et certains se demandent déjà si les facteurs ne vont pas s’empêtrer dans les fils de trolley bus. Au bout de la ligne, il n’y a personne pour clarifier les changements et remotiver les équipes.

Sans vouloir faire des cadres supérieurs des vendeurs d’exception, tout au moins serait-il plus judicieux de leur demander d’expliquer le contexte de la décision, les actions qui seront entreprises et les résultats attendus. Et sans doute répéter le message plus d’une fois. Un moindre mal compte tenu des craintes que peuvent provoquer leurs décisions.

Il faut être clair, on ne changera pas les dirigeants. Cependant, les RH ont un rôle fondamental à jouer dans le support de ceux qui sont au front: les managers. Trois points doivent être mis en exergue:

  • Bien soigner sa relation avec les cadres intermédiaires afin d’éviter tout manque de crédibilité lors de changements organisationnels.
  • Si les RH ne peuvent pas freiner la dynamique du changement, il est nécessaire qu’ils choisissent bien leur camp. Sont-ils dans le camp des collaborateurs et dans ce cas leur rôle est-il de devenir le passe-plat de revendications impossibles à satisfaire? Ou bien choisir celui d’accompagnateur dans un contexte plein d’embûches?
  • Fournir les ressources dont le manager a vraiment besoin: formation, coaching, team building, choix de mutations internes, communication, conférence et conseil en organisation. Finalement, agir sur le terrain qui est le leur.

Tout semble finalement assez simple. En haut de l’échelle des dirigeants qui ne prennent pas suffisamment en compte l’impact de leurs décisions. En transverse, une fonction support qui sous-estime son rôle de conseil à des équipes déstabilisées. À chacun de maintenir les facteurs «au sol», là où ils sont les plus nécessaires.

2 comments for “La Poste et la stratégie de la raillerie

  1. 26 mars 2019 at 12:52

    Cher Vincent, je comprends que chacun dans l’entreprise a un rôle difficile à jouer surtout dans les changements stratégiques. Je ne crois pas un instant « à cette neutralité difficile, teintée de bienveillance »: l’entreprise n’est pas une famille. En revanche, je crois à la formation, à la communication, mais aussi à la rupture.

  2. 26 mars 2019 at 11:09

    « Si les RH ne peuvent pas freiner la dynamique du changement, il est nécessaire qu’ils choisissent bien leur camp » (je comprends: entre management et collaborateurs). Cela me semble aussi difficile que de demander à un parent de choisir entre ses deux enfants. La valeur ajoutée de la fonction RH n’est-elle pas justement aussi dans cette espèce de neutralité difficile, teintée de bienveillance et de fermeté?

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