Michel Guillemin

Chimiste de formation, Michel Guillemin s’est orienté vers la santé au travail en commençant par la toxicologie et l’hygiène industrielle. Il a participé à la création de l’Institut universitaire romand de Santé au Travail, qu’il a dirigé durant une quinzaine d’années. Il se consacre désormais au dialogue avec les managers et DRH, ainsi qu’à la présidence de l’association Santé Globale & Travail.


Il y a pire que l’absentéisme

Les méfaits de l’absentéisme, fléau qui touche bon nombre d’entreprises, sont bien connus. Mais ceux du présentéisme sont encore pires! Alors que dans l’esprit de beaucoup de gens, le présentéisme c’est venir travailler même si on est malade, c’est en fait une réalité plus large, pouvant prendre de multiples formes peu étudiées jusqu’ici. Elles ont un aspect commun: les personnes sont présentes mais non efficaces.

Travail invisible

Dans l’esprit de beaucoup de gens, travail = travail rémunéré. Cette perspective limitée favorise la mauvaise visibilité du travail non rémunéré. Or, celui-ci occupe une place importante dans notre société et comporte aussi des risques pour la santé. Ses formes sont multiples: travail domestique, garde des enfants, soins aux personnes âgées, bénévolat, engagement dans la vie associative (sportive, artistique, culturelle ou sociale), etc.

Des données qui dérangent

Le NIOSH, l’institut national américain pour la santé et la sécurité au travail, est LA référence mondiale incontestée en matière de recherche, formation et promotion dans ce domaine.

En 1998, le NIOSH présentait, dans l’une de ses newsletters, les résultats d’une étude qu’il avait financée et confiée à un éminent spécialiste de la charge économique, sur la société, des accidents et maladies professionnels. Cette étude démontrait clairement le poids économique gigantesque que représentaient les accidents et maladies professionnels sur la société, qui dépassait largement celui de grands fléaux comme le sida, le cancer, les maladies cardiovasculaires, etc.

La médecine basée sur l’évidence peut être cruelle

Pour prévenir les maladies professionnelles, les spécialistes de la santé au travail se réfèrent à des «valeurs limites». Dans le cas des substances toxiques et des poussières, ces valeurs fixent la concentration maximale tolérée aux places de travail et pouvant être supportée par des travailleurs en bonne santé durant 8 heures par jour et 5 jours par semaine. Elles sont déterminées par des experts sur la base des connaissances scientifiques et toxicologiques au sujet de la substance considérée.

Promotion de la santé ou du rendement des employés?

C’est en 1986 que la «Promotion de la Santé» est apparue officiellement sous l’égide de l’OMS avec la Charte d’Ottawa. Son but: donner aux individus davantage de moyens pour gérer et améliorer leur propre santé. Et en 1997, sous l’égide de l’Union européenne, un chapitre a été ouvert pour la promotion de la santé à la place de travail (Déclaration de Luxembourg) afin d’encourager une meilleure collaboration entre employeurs et employés pour améliorer l’organisation et les conditions du travail, par une active participation de tous et un encouragement au développement personnel.

En Suisse, ce mouvement de prévention n’a pas été orchestré, étonnamment, par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP); il est entré par une petite porte, celle d’une fondation de droit privé (Promotion Santé Suisse) alimentée par les caisses maladies. Ces nouveaux acteurs ont transféré les campagnes pour la population générale (tabac, alcool, alimentation, exercice physique, etc.) dans les entreprises.