Detox Management

L’art du management s’apprend. Ailleurs que dans les business schools, à en juger par l’atonie productive, l’apathie créative ou l’inhumaine souffrance qui envahissent le monde du travail salarié. Motiver, décupler la performance, libérer l’innovation, inspirer le changement sont les bénéfices d’un management désintoxiqué.


Les vertus de l’amitié professionnelle

C’est lors de mon adolescence provinciale, plutôt paisible, que j’ai fait ma première expérience des bienfaits de l’amitié professionnelle. Sortant des ornières normatives imposées d’un prêt-à-penser débilitant, quelques rares enseignants me donnèrent d’apprivoiser tranquillement théorèmes abscons et mines grammaticales. Par cette bonne volonté affichée envers leurs élèves, ils nous firent grandir, nous apprenant confiance et bienveillance.

Adulte, il me semble urgent d’affirmer que, pas plus que le management bienveillant, l’amitié professionnelle n’est un oxymore – une association volontaire, provoquante, de réalités contraires ou paradoxales.

Plus souvent théorisée, prétendue ou affirmé qu’activement pratiquée, la bienveillance professionnelle, à force d’être galvaudée, me semble devenue une bien vilaine soupe démagogique, saturée d’hypocrisies, de maladresses ou d’inconscientes toxicités.

Et si ce management bienveillant, fait d’une authentique amitié professionnelle, n’était en fait, qu’un pléonasme – le contraire d’un oxymore?

L’origine étymologique la plus certaine du mot manager est le mot «ménager». Hérité du haut Moyen-Âge, ce nom de «manager» désigne celui qui gère les ressources d’une entreprise comme on gère un ménage, avec prudence et courage, discernement et audace, sagesse et précaution. Le ménager aménage ainsi le travail et ménage celles et ceux qui l’entreprennent, l’effectuent puis l’achèvent.

Ménager ses ressources

Entreprendre un management bienveillant, c’est donc premièrement ménager ses ressources en aménageant leurs travaux. Avec confiance, pour les motiver, pour en simplifier l’exécution et pour les aider à en assurer le bon achèvement – sans plus jamais aucune casse humaine!

Très concrètement, être bienveillant, c’est tout d’abord vouloir le bien et veiller à ce bien. Au mien comme à celui des autres, qui me sont confiés ou avec lesquels j’interagis. C’est aussi être bien traitant: c’est-à-dire toujours faire aux autres ce que j’aimerai qu’ils me fassent, par l’effet d’une réciproque et humaine symétrie. Être bienveillant, c’est encore être bienfaisant.

Sans m’arrêter à mes seules bonnes intentions – positives par définition – décider de veiller très attentivement à toujours entreprendre de bien faire autant que de faire bien. Et finalement, l’authentique bienveillance s’achève invariablement dans la biendisance, qui m’attache à valoriser et à promouvoir le positif – sans plus aucune morbide ni obsédante fascination pour le seul négatif…

Et sauf à le vouloir résolument, à y veiller constamment, ma paresse morale, certains laisser-aller psychiques ou quelques toxiques croyances menacent de m’emporter à l’inverse. La malveillance, la maltraitance, la malfaisance et la médisance risquent de m’envahir subrepticement, minant peu à peu mes belles entreprises ou mes meilleurs travaux.

L’amitié professionnelle, dont mes – seuls vrais – professeurs furent exemplaires, par un mimétisme aussi léger que puissant, s’enracine ainsi dans la pratique résolue de la vraie bienveillance.

Laquelle toujours commence, pour chacun de nous, par nous-même!

L’autre pandémie

Peut-être pourrions-nous cesser d’épiloguer sans fin sur les atermoiements de nos dirigeants, aussi désemparés que leurs experts ou que nous-mêmes, face au méchant virus? Plutôt que d’inutilement gémir sur ses variances exotiques ou d’extravaguer au fil d’hypothèses conspirationnistes, sans doute pourrions-nous d’urgence revenir au réel?

La fin du divertissement?

La crise sanitaire actuelle montre déjà de rudes répercussions économiques: l’aéronautique, le tourisme, privé ou d’affaire, estival ou hivernal, balnéaire distant ou exotique extrême, les croisiéristes comme les chantiers navals, toutes les activités ludiques, sportives ou culturelles de masse, du Jazz-Festival de Montréal aux Jeux Olympiques de Tokyo, en passant par tous les parcs d’attractions de la Terre, mettront probablement des années à se remettre du coup d’arrêt brutal de toutes leurs activités. Imposé pour stopper l’expansion pandémique d’un méchant virus, le coût social de leur «réadaptation économique» sera absolument prohibitif, pendant plusieurs années, initiant une pandémie de licenciements.

Incertitudes

«On mesure l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter». Cette observation, attribuée à Emmanuel Kant, ne manque pas de saveur ni de fraîcheur lorsqu’on observe de près notre monde réputé moderne. Malgré les remarquables discours, très à la mode et un poil pontifiants, sur le «droit à l’erreur» et le fait «d’apprendre de ses échecs», l’hystérique aversion collective à l’insuccès demeure, s’amplifie même et gangrène toutes nos initiatives. Toutes les audaces. Et finalement, toute vie authentique…

Zones d’inconfort

C’est une locution aux apparences vertueuses, un idiomatisme qu’on entend sans cesse au sein de nos organisations, rythmant rencontres managériales et évaluations, séances RH et séminaires de motivation: faire «sortir de leur zone de confort» celles et ceux qui nous sont confiés. De force et pour leur plus grand bien…