Asymétriquement vôtre?

Vladimir Poutine a développé récemment cette vérité, non sans une bonne mesure d’humour, alors qu’un président nouvellement élu le traitait d’assassin – publiquement et sans en fournir aucune preuve: on ne prête aux autres que les intentions, les actions et les sentiments dont on est capable!

Cette forme de projection mimétique s’observe couramment et explique aisément. Si par exemple j’ignore le mensonge et que je n’ai jamais menti de ma vie – une hypothèse rhétorique – je ne saurai concevoir ni détecter le travestissement de la vérité ou de la réalité chez un autre. Et si j’entreprends d’agir, avec la ferme et claire intention de bien faire, je ne saurai a priori imaginer qu’une autre personne y perçoive une volonté opposée. Cet automorphisme naturel, le plus souvent automatique, se trouve à la racine de beaucoup de nos comportements

Notre intelligence sociale et nos vies grégaires, mimétiques par excellence, s’expliqueraient notamment par le fonctionnement de neurones «miroirs», découverts en 1990 par l’équipe du professeur Giacomo Rizzolatti de l’Université de Parme. Le simple fait de regarder un comportement stimule effectivement les parties de mon cerveau qui me permettent de l’apprendre, pour ensuite le reproduire. C’est ainsi qu’un enfant apprend à se tenir debout, puis à rompre cet équilibre instable, pour commencer à marcher. Regarder nos congénères faire nous permet d’apprendre – tous les mammifères, bien au-delà leurs instincts, procèdent ainsi.

Ce fonctionnement cérébral automatique permet aussi de comprendre l’éminent rôle éducatif et social de l’exemplarité. Il a été observé, par exemple, que si j’entre dans les toilettes d’un lieu public et que celles-ci sont propres, je m’attacherais à ce qu’elles le restent après mon passage. Lorsque elles sont en revanche mal tenues, une forme inconsciente de laisser-aller m’empêchera de nettoyer ce que j’aurai sali – ce que pourtant j’aurai fait avec entrain dans la première situation.

Il en est de même pour tous nos comportements, même les plus complexes. Notamment pour ceux qui régissent nos relations au sein de nos entreprises. L’exemplarité vertueuse d’un conseil d’administration ou d’une équipe de direction pourra ainsi régir l’ensemble de l’organisation. Mais réciproquement, leur éventuel avachissement moral, qui souvent prendra les formes d’égotismes conflictuels ou d’injustices flagrantes, rejaillira sur tout l’écosystème, intoxicant depuis les fournisseurs jusqu’aux clients. Et bien sûr hélas, sur leurs salariés, à leur premier détriment.

Il existe cependant une exception à cette symétrie mimétique. Elle explique nos suppositions hasardeuses, nos interprétations négatives, nos jugements sans discernement et toutes nos extrapolations négatives. Elle peut se résumer ainsi: le bien ne voit que le bien, pas le mal et le mal ne voit que le mal, jamais le bien!

Ainsi donc, ce que donc nous prêtons aux autres révèle premièrement qui nous sommes…

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