«Se donner» au travail…

Il y a quelques années, l’OMS a tiré la sonnette d’alarme en publiant les résultats d’une première analyse mondiale démontrant la très forte influence de la surcharge chronique de travail sur la mortalité par maladies cardiaques et accidents vasculaires cérébraux (AVC).

Le fait de travailler 55 heures ou plus par semaine est associé à une hausse de 35% d’AVC et de 17% de risque léthal de cardiopathie ischémique. L’usure professionnelle conduit aussi à des troubles musculosquelettiques et à diverses perturbations physiques et psychiques.

Les origines de la surcharge chronique de travail peuvent être de diverses natures. Très schématiquement on peut en distinguer trois: le management inadéquat, voire toxique, la dépendance au travail (workaholisme) et le choix personnel.

C’est sur ce dernier point que nous nous arrêterons ici car il a été le moins étudié. Nous tenterons donc de décrire les motifs principaux d’un engagement excessif au travail, sans nous arrêter sur les ambitions de carrière bien naturelles ou le manque de confiance en soi, qui sont plus associées aux problèmes de management qu’aux raisons éthiques et humaines prises en compte ici.

De nombreuses enquêtes sur la satisfaction au travail ont démontré que si la possibilité de bien faire notre travail, selon nos propres critères personnels de qualité, était «empêchée» pour diverses raisons (délais, démarches standards, surcharge cognitive etc.), cela entraînait une souffrance. Ce besoin de travail bien fait, étant associé à un vrai respect de la valeur de son travail et de soi-même, peut donc devenir une motivation pour «se donner» au travail au-delà du raisonnable, mais Il ne faut cependant pas le confondre avec le perfectionnisme qui peut conduire aussi à une surcharge. De même, l’intelligence artificielle (IA) qui s’introduit partout dans le travail peut créer l’illusion du travail «vite fait bien fait»… sauf que les salariés passent ensuite des heures à corriger ses erreurs… d’où surcharge…

Quelques études ont aussi démontré que la loyauté envers son employeur et la prise de conscience des difficultés qu’il rencontre pour faire tourner l’entreprise, peuvent pousser les employés à travailler plus longtemps et plus intensément au détriment de leur santé.

L’auteur et entrepreneur Frank Viscuso signalait récemment que l’épuisement peut survenir chez des personnes plus compétentes que les autres et qui «acceptent»  de devenir des «béquilles» pour toute l’équipe.

Une autre raison de trop se donner au travail réside aussi – principalement dans le domaine du soin – dans la sensibilisation particulière à la souffrance des patients. Il s’agit du traumatisme vicariant dont j’ai parlé dans mon blog précédent.

Comment faire face à ce problème? Logiquement les partenaires sociaux ont un rôle à jouer: d’une part pour évaluer l’ampleur du problème en Suisse, et d’autre part pour contribuer à mettre en place des mesures correctives et de prévention.

L’Office fédéral de la statistique confirme bien, dans son dernier Rapport national sur la Santé, que le travail rend toujours plus malade… que l’absentéisme augmente et que les conditions de travail ne s’améliorent pas. À noter que l’Office Fédéral de la Santé Publique n’a pas relayé cette importante information.

Hélas, il est clair que sur le terrain, face à ce problème général, ou à celui, plus spécifique, lié au trop fort engagement au travail, c’est l’inaction, engendrant de lourdes conséquences sur la santé des employés et pour les entreprises sur divers plans (production, qualité, coûts de l’absentéisme). Sans oublier les répercussions au sein des familles et de la vie sociale.

En fait, c’est avant tout et surtout au niveau de la direction des entreprises qu’il peut y avoir une prise de conscience du problème, avec mise en place de mesures de prévention. Un exemple: Horizon Santé Travail, un service de prévention et de santé au travail interentreprises en France, a recensé dix signaux d’alerte d’une surcharge de travail, dont la saturation de la mémoire, la hausse du taux d’erreur, la baisse de flexibilité, la fatigue décisionnelle, la difficulté de déconnexion et d’autres encore. Ces signaux peuvent être très utiles au management pour intervenir avant qu’il ne soit trop tard.

Une telle stratégie de détection et de prévention peut s’inscrire dans le cadre de la «Responsabilité Sociale des Entreprises», essentielle pour le développement durable, c’est-à-dire l’intégration volontaire d’enjeux environnementaux, sociaux et éthiques dans la politique des entreprises.

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