Dans de nombreuses organisations, le multitâche reste perçu comme un marqueur d’efficacité. Répondre à des messages en réunion, suivre une visioconférence tout en traitant ses emails ou avancer sur plusieurs projets simultanément sont devenus des comportements normalisés, voire attendus. Cette culture de la simultanéité alimente l’idée que traiter plusieurs priorités en parallèle est synonyme de performance.
Pourtant, les apports des neurosciences cognitives racontent une toute autre histoire: le multitâche est en grande partie une illusion de productivité. Les données terrain le confirment. Le Rapport Global de Résilience 2025, publié par le Resilience Institute et basé sur plus de 8000 professionnels, montre que la capacité à limiter le multitâche est le facteur de résilience le plus faible observé.
Dans cet article, Je vous propose de déconstruire cette illusion et surtout de découvrir 5 pratiques concrètes pour restaurer l’attention, renforcer la résilience et réhabiliter une performance durable grâce au monotâche.
Une ressource critique: l’attention
Dans un environnement saturé de sollicitations (emails, notifications, messageries), l’attention est aujourd’hui l’une des ressources les plus précieuses et les plus fragilisées.
Une étude publiée dans la Harvard Business Review (2022) montre que les travailleurs numériques peuvent changer d’application jusqu’à 1200 fois par jour, illustrant un niveau extrême de dispersion cognitive. Or, le cerveau humain ne fonctionne pas comme un processeur multitâche; il ne traite pas plusieurs tâches complexes simultanément. Il alterne rapidement entre elles. Chaque bascule (task switching) impose un coût cognitif:
- Reconfiguration mentale
- Inhibition de la tâche précédente
- Mobilisation de nouvelles informations
Ces micro-coûts, invisibles à l’échelle d’un instant, deviennent considérables à l’échelle d’une journée. Les recherches montrent que cette alternance peut réduire la productivité de 20 à 40%!
Le coût caché: fatigue et «résidu attentionnel»
Le multitâche génère un phénomène clé: le résidu d’attention. Lorsqu’un individu passe d’une tâche à une autre, une partie de ses ressources cognitives reste mobilisée par la tâche précédente. Résultat: la concentration est partielle, la clarté mentale décline, les erreurs augmentent et la progression ralentit
Ce phénomène explique pourquoi il faut parfois plus de 20 minutes pour retrouver un niveau de concentration optimal après une interruption.
Au-delà de la performance, l’impact se ressent aussi au niveau de l’énergie car le cerveau est un grand consommateur de glucose! En fait, le multi-tâche consomme davantage d’énergie métabolique que l’attention focalisée. En fin de journée, les collaborateurs sont épuisés… sans sentiment d’avancement réel.
Entre dispersion et hyperfocalisation: trouver l’équilibre
Deux dérives opposées coexistent:
- Hyper-dispersion: attention fragmentée en continu (zapping cognitif). Je passe sans arrêt d’une tâche à une autre.
- Hyperfocalisation: perte de perception de l’environnement (aveuglement cognitif). Je suis tellement concentré-e que je ne perçois pas les signaux (par exemple, les réactions de mes collègues en réunion) qui se manifestent.
La performance durable ne se situe dans aucun de ces extrêmes, mais dans une gestion intentionnelle de l’attention: notre capacité à nous concentrer profondément tout en restant capable de rediriger volontairement notre attention lorsque c’est nécessaire. C’est cette «voie du milieu» qui soutient à la fois efficacité, adaptabilité et résilience.
Réhabiliter le monotâche: un levier managérial
Créer les conditions du monotâche devient un enjeu clé pour les organisations. Voici cinq pratiques concrètes à encourager:
- Clarifier les priorités macros (long terme) et micros (court terme)
- Structurer des plages de travail dédiées à une seule tâche
- Réduire drastiquement les notifications / Limiter les écrans en réunion
- Sanctuariser des temps de travail en profondeur/sans interruption (deep work)
- Développer les capacités attentionnelles (ex. mindfulness)
Dans un environnement où les «voleurs d’attention» se multiplient, la performance ne repose plus sur la capacité à faire plusieurs choses à la fois. Elle repose sur la capacité à gérer son attention avec intention. Les professionnels les plus efficaces ne sont pas les plus occupés mais ceux qui savent où placer leur attention, et quand la déplacer.
Tout un art et une véritable compétence!

