Attention… au blurring!

Sortir de chez soi pour aller sur son lieu de travail: la frontière est claire entre ces deux mondes. Mais le télétravail exponentiellement développé à cause de la pandémie a créé… le Blurring! Ce nouvel anglicisme traduit le flou qui s’installe insidieusement toujours plus entre la vie privée et la vie professionnelle, faisant perdre les repères, perturbant l’habituel mode de fonctionnement et amenant même un malaise psychique souvent imperceptible au début. Bref, un vrai poison, avec de réels effets secondaires.

Il y a d’abord, démontré par de nombreuses études, l’allongement de la journée de travail dû aux multiples réunions à distance, mais aussi à la tendance des salariés à prolonger leur activité professionnelle «hors horaires» pour compenser les interruptions inhérentes à la vie quotidienne (enfants, intendance, repas, impondérables etc.). Les études montrent aussi une augmentation du stress et des effets sur la santé tels les TMS, la fatigue, et des impacts sur la santé psychique… et une explosion des burnouts!

De plus les problèmes liés au blurring rejaillissent sur l’entourage direct (famille, couple), sur les relations sociales (risque d’éloignement voire de détérioration) Dans ce contexte, le manque de contacts en présentiel avec les collègues est souvent cité comme une source d’insatisfaction sérieuse, pouvant affecter la qualité du travail.

Cependant, les avantages du télétravail sont réels: flexibilité, économie de temps, de pollution et de stress en sont des aspects positifs. Il s’agit donc surtout, (si possible dans un environnement propice, par exemple un coin bureau tranquille chez soi…) de trouver un bon équilibre et rythme, grâce à des règles claires sur les temps de connexion, pour prévenir une addiction aux messages de toute nature, et le workaholisme – et ménager des plages de repos.

Cette quasi liberté des collaborateurs dans l’organisation de leur travail et de leur emploi du temps constitue un sérieux défi pour les managers et responsables RH. En effet, deux grands choix possibles se présentent à eux: continuer à miser principalement sur le contrôle via des logiciels de surveillance, renforcé dans une culture de hiérarchie pyramidale OU prendre le virage du management misant sur la confiance et un accompagnement bienveillant.

Il s’agit bien d’une vraie remise en question des modes de gouvernance actuels et donc d’une retombée positive de la pandémie, favorisant l’émergence d’un management mieux adapté aux conditions actuelles: besoins d’autonomie et de reconnaissance de la part des travailleurs, QVT etc. Car il a été largement démontré que si le contrôle induit démotivation, manque de reconnaissance, sentiment d’être «fliqué»… la confiance, elle, donne de bien meilleurs résultats sur l’engagement et la qualité du travail des collaborateurs!

Dans ce nouveau contexte, les professionnels de la Santé au Travail ont eux aussi un énorme défi à relever: faire pleinement bénéficier les entreprises de leurs compétences spécialisées d’ergonomes, de psychologues, de médecins, d’infirmières, de chargés de sécurité, etc. Pour que le travail à domicile soit en bon équilibre avec le travail «en présentiel», il doit trouver sa juste place, avec ses propres règles, ses avantages et ses limites… Cela passe par le dialogue et l’interaction entre professionnels de la Santé au Travail et Managers / RH, pour favoriser des conditions de travail toujours plus saines, épanouissantes… au bénéfice de tous.

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