Souffrance des patients… et des soignants

Les conditions de travail des soignants de toutes catégories (médecins, infirmières, aides-soignants, etc.) sont très souvent pénibles, et le manque de soutien des structures de soin à leur égard, la pression à laquelle ils sont soumis, en font une population à risque.

Même dans de meilleures conditions, il peut arriver que les soignants «absorbent» la souffrance des patients dont ils prennent soin, et se trouvent alors eux-mêmes dans un état de souffrance ayant un impact sur leur propre santé psychique et même physique, allant jusqu’à engendrer des troubles graves. On parle de traumatisme vicariant, ce qui signifie: «qui remplace un fonctionnement déficient». Le site Medicalib et un psychopédagogue (Y. Demoulin) ont récemment fait le point sur ce problème et ont décrit précisément cette transformation psychologique profonde et durable qui affecte des soignants ou des travailleurs sociaux exposés de manière répétée aux récits ou images de la souffrance d’autrui. Les troubles ressentis par ces soignants sont semblables au stress post-traumatique et sont associés à une «fatigue de compassion». Le soignant n’arrive plus à «imperméabiliser» sa propre vie, à se protéger et subit ainsi une sorte de porosité qui le contamine.

Sur le plan professionnel, il est important d’identifier les soignants se trouvant dans cette situation de traumatisme vicariant, pour intervenir avant que leur état de désengagement, de dépersonnalisation, ne les amène à commettre des erreurs médicales. La première mesure à mettre en place: une reconnaissance de la souffrance de ces soignants en organisant un soutien psychologique pour leur venir en aide de façon appropriée. La création de groupes de paroles peut aussi, par exemple, être très utile.

Faire prendre conscience

Pour agir en amont, en prévention, il faut d’abord faire prendre conscience du problème à tous les professionnels concernés (soignants, assistants sociaux, intervenants en situation d’urgence, etc.), par ex. par une auto-évaluation du traumatisme vicariant etc. Idéalement cela devrait se faire durant la formation mais ce n’est pas encore le cas, alors, au moins dans le cadre de la formation continue.

À mettre aussi en évidence, lors de ces formations, combien ce problème est occulté, par méconnaissance et aussi par le préjugé tenace que ces soignants sont faibles – ce qui empêche l’identification précoce de ceux qui sont à risque, souvent réticents à parler de ce qu’ils croient être une faiblesse. Mais loin d’être faibles, ils ont une bonne perception de la souffrance d’autrui et, bien soutenus eux-mêmes, ils peuvent être très performants dans l’aide qu’ils apportent à leurs patients.

Enfin, il y a des mesures organisationnelles à prendre dans une approche multidisciplinaire (direction, RH, professionnels de santé), dans le but d’alléger la charge mentale des soignants et de veiller à leur équilibre psychique (cercles d’écoute empathique, ateliers pour renforcer la distanciation professionnelle et recours à un.e expert.e formé.e dans ce domaine).

Il est bien clair que dans ce cadre, les professionnels de la santé au travail (médecins, psychologues, ergonomes, infirmière ST, etc.) ont un rôle-clé à jouer, en collaboration avec les responsables RH, en tant que sentinelles aptes à saisir les signaux précurseurs de problèmes en lien avec les conditions de travail et le comportement des soignants.

Des études sur le sujet existent, mais il manque celles qui permettraient une estimation de la proportion des personnes touchées par ce traumatisme vicariant et donc «oubliées» et sans aide. Le préjugé associant la faiblesse à cet état contribue peut-être à «ignorer» ce mal insidieux.

Dans les obligations éthiques des organisations centrées sur les patients, il faudrait inclure des mesures centrées sur les aidants, tels le «devoir de prévenir» et le «devoir de former» le personnel au sujet du traumatisme vicariant et des autres risques psychiques liés à l’exposition à la souffrance des patients.

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