L’augmentation des burn-out reflète les mutations profondes du monde professionnel.
La transformation numérique a profondément modifié notre manière de travailler. Les outils digitaux, les emails, les messageries instantanées et les réunions en ligne facilitent la communication et permettent de gagner en efficacité. Cependant, cette connexion permanente a également ses effets secondaires. L’hyperconnexion, la multiplication des notifications et la surcharge d’informations peuvent progressivement augmenter la charge cognitive des salariés. Dans ce contexte, la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle devient de plus en plus floue. Cette évolution du monde du travail contribue à l’émergence d’un phénomène souvent qualifié de «burn-out 2.0», où la culture numérique et la pression de disponibilité permanente deviennent des facteurs modernes aggravant l’épuisement professionnel.
Le terme «burn-out» ou syndrome d’épuisement professionnel a été introduit dans les années 1970 par le psychiatre américain Herbert Freudenberger (1926–1999). Selon lui, le burn-out est un état d’épuisement physique, émotionnel et mental résultant d’un engagement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel.
En Suisse comme ailleurs, le nombre de cas de burn-out ne cesse d’augmenter, affectant non seulement la santé mentale des individus, mais aussi la performance des entreprises. Comprendre comment le travail moderne contribue à l’épuisement professionnel est essentiel pour identifier des solutions durables.
L’évolution du monde professionnel a favorisé le développement du stress chronique. Le mantra organisationnel «faire plus avec moins», la recherche constante de productivité a favorisé l’épuisement des collaborateurs. Une des conséquences majeures de la réduction des coûts à tout prix a été le développement de la polyvalence, souvent associé à une augmentation des charges administratives.
Pendant longtemps, de nombreuses tâches administratives étaient prises en charge par les secrétariats, les services administratifs ou les assistants. Les collaborateurs pouvaient ainsi se concentrer sur leur cœur de métier et les activités à forte valeur ajoutée. Aujourd’hui, cette réalité a beaucoup évolué. La plupart de ces tâches sont désormais réalisées directement par les collaborateurs eux-mêmes. Saisie des notes de frais, rédaction de comptes-rendus, organisation et planification de réunions, réservation de voyages en optimisant les coûts… autant de responsabilités qui s’ajoutent à leurs missions principales. Ce basculement a eu des conséquences directes: il entraîne une surcharge de travail et une diminution de la motivation, car ces tâches sont souvent perçues comme peu valorisantes.
Les entreprises se retrouvent alors face à un double défi: comment maintenir l’efficacité opérationnelle tout en préservant l’engagement et le bien-être de leurs collaborateurs?
Ces tâches administratives génèrent une charge cognitive importante, ce qui signifie que le cerveau doit gérer simultanément trop d’informations et de responsabilités.
Ce cumul de tâches constitue un «travail invisible», rarement évoqué avec les managers. Il est souvent vécu comme une fatalité: une surcharge subie, dont on peine même à se plaindre.
Malheureusement cette surcharge administrative s’associe en plus très souvent à une fatigue numérique qui pourrait s’appeler le «digital burn-out». La fatigue numérique est un épuisement mental et physique causé par l’utilisation excessive des écrans numériques. Cette nouvelle réalité entraîne alors une fatigue du cerveau qui va amener les collaborateurs à des burn-out graves. Si en plus, elle s’associe à d’autres facteurs aggravants comme une mauvaise ambiance de travail, des conflits, du micro-management ou des problèmes de compétences, cela risque de créer un burn-out sévère. Lorsqu’une personne consulte très souvent ses mails professionnels le soir et le week-end, qu’elle répond aux messages sur plusieurs applications, qu’elle n’arrive jamais à se déconnecter, un risque d’addiction peut apparaître. Consulter ses mails très souvent peu créer une forme d’addiction comportementale parce que cela active, plusieurs mécanismes psychologiques et neurologiques. On active le système de récompense du cerveau qui stimule et libère de la dopamine, une molécule liée au plaisir et à la motivation.
Les salariés épuisés souffrent de fatigue mentale et physique, de perte de motivation, et parfois de troubles anxieux ou dépressifs. Pour les entreprises, les effets se traduisent par une augmentation de l’absentéisme, un turnover élevé et une baisse de la productivité.
Une étude suisse récente (Baromètre des conditions de travail – novembre 2025) montre que 82% des salariés sont tellement fatigués par leur travail qu’ils n’ont plus d’énergie pour des activités personnelles le soir, ce qui révèle une dégradation de la santé mentale au travail et une augmentation de la surcharge mentale
Pour prévenir le burn-out digital ou l’hyperconnexion, il est pourtant possible de mettre en place des routines simples afin de protéger son cerveau du trop-plein numérique. Se fixer des limites claires, définir des horaires de travail, pratiquer une activité sportive ou encore sortir prendre l’air sont des habitudes faciles à adopter.
On peut toutefois espérer que l’IA réduise ou facilite une partie des tâches administratives et améliorera ainsi l’organisation du travail. Elle peut également être un soutien pour rédiger différents documents, comme des comptes-rendus de réunion, des rapports, des emails ou encore des lettres.
Notre cerveau a besoin de pauses et doit éviter la surcharge d’informations afin de prévenir des problèmes de santé mentale, comme le burn-out. Il est donc essentiel que chacun en soit conscient pour mieux organiser son temps numérique et limiter le multitâche permanent, devenu malheureusement une pratique trop souvent valorisée.
Les entreprises, quant à elles, doivent identifier et réduire les tâches administratives sans valeur ajoutée, afin d’éviter une bureaucratie auto-entretenue, « un puit sans fond » qui alourdit le travail et génère un stress chronique.


