Trouver un travail après 50 ans relève du parcours du combattant. Alors que les discours officiels font l’éloge des seniors comme étant un atout pour les entreprises, la réalité est beaucoup plus sombre. La proportion des seniors (55-64 ans) dans le chômage de longue durée est bien supérieure à celle des jeunes (24-49 ans). Une forte discrimination persiste dans le recrutement des employés, renforcée du fait des salaires plus élevés des seniors. Un témoignage dans «Le Temps» citait la descente aux enfers d’un cadre senior, considéré comme représentant des mal-aimés du marché du travail en Suisse. Les ouvriers âgés, en particulier dans le secteur de la construction, sont de ce fait souvent mal traités.
Si dans la culture orientale on respecte la sagesse, l’expérience et les compétences des «anciens», dans notre culture occidentale est encore très ancrée l’idée que les personnes âgées seraient moins performantes que les jeunes, sur le plan physique mais aussi sur le plan psychique, etc., et il est donc fait peu de cas de leurs capacités, alors que les connaissances scientifiques, sociales et économiques relativisent fortement ces préjugés. J’ai ressenti très clairement cette différence culturelle lors de séjours dans quelques pays asiatiques à l’occasion de congrès sur la Santé au Travail.
Mais ne restons pas, sur le plan des ressources humaines, sur une vision pessimiste, car il faut constater aussi que les mentalités évoluent pour diverses raisons: allongement de la durée de vie, amélioration globale de la santé… Et, important, le manque de personnel compétent dans de nombreux domaines… Tout cela conduit à un changement de vision sur les seniors et leur «utilité».
C’est pourquoi de plus en plus d’articles soulignent l’importance et le potentiel inexploité de ces seniors, qui restent motivés par une activité professionnelle. Une étude vient ainsi de montrer qu’une part croissante de personnes sont prêtes à travailler au-delà de l’âge de la retraite: en 2021, par exemple, la proportion des 65-74 ans en activité était de 18%, contre à peine 5% en 1991.
Des études scientifiques et sociologiques mettent en évidence diverses caractéristiques des personnes âgées. Les neurosciences montrent que chez les personnes de 60 ans, le stress aigu avait peu d’impact sur la mémoire et sur les fonctions exécutives (en lien avec la résolution de problèmes) et que certaines compétences s’améliorent même avec l’âge, telle la précision du langage et la pondération des idées. Par exemple, étant moins concernées par l’ascension sociale, elles aspirent à être plus en phase avec leurs propres valeurs profondes: se sentir utiles, faire bénéficier les autres de leur expérience, de leurs compétences acquises, de leur capacité d’adaptation; participer à la vie sociale…
Et n’oublions pas le dialogue intergénérationnel instauré dans certaines entreprises, qui a démontré la richesse des rencontres et de la collaboration entre les jeunes générations et les employé.e.s plus âgé.e.s. La gestion des générations représente un défi très important et urgent à relever.
Cette ouverture vers une reconnaissance de l’importance des seniors dans notre société, reste encore assez timide. À l’instar de Pro Senectute avec son programme «Avant Âge», il faut donc éliminer les préjugés à l’égard des «anciens» et respecter leurs expériences et leurs compétences, leur offrir du travail et adapter la culture d’entreprise. C’est une priorité et une responsabilité que les partenaires sociaux et les décideurs politiques, les managers et les DRH ainsi que tous les professionnels de la Santé au Travail doivent assumer pour le bien des entreprises, de leurs employé.e.s et de l’ensemble de la société.