Viennent en tête des discriminations flagrantes, celles concernant les jeunes, les femmes et les personnes non blanches: l’embauche – qu’a dénoncé l’Organisation Internationale du Travail (OIT) – le déroulement de carrière et l’accès au logement.
Outre l’OIT, le Baromètre du Défenseur des Droits en France constate que depuis bientôt dix ans, la situation ne s’améliore pas. Les écarts de salaires entre hommes et femmes, et l’accès pour elles à des postes de direction restent toujours très marqués. Par ailleurs, un jeune sur sept se déclare «dépassé» dans son travail – ce qui prouve une certaine inadéquation entre les compétences et les exigences du travail. L’orientation sexuelle est aussi une source de discrimination à l’embauche, mais pas aussi forte que de ne pas être «blanc». Il y a également une augmentation des propos et comportements stigmatisants au travail ainsi que du harcèlement touchant principalement les femmes.
Devant ce tableau bien sombre, on peut se demander pourquoi il y a en Suisse tant de passivité de la part des partenaires sociaux: ne devraient-ils pas se mobiliser contre cet état de fait, et ce non-respect des principes de la Constitution de la Confédération Helvétique qui stipule dans son article 8 (alinéa 2) que «nul ne doit subir de discrimination», du fait notamment de: son origine, sa race, son sexe, son âge, sa langue, sa situation sociale, etc.?
Or, dans le domaine du travail en particulier, cette interdiction n’est pas respectée. Les impacts sur la santé, en particulier la santé mentale des personnes discriminées sont évidents et touchent aussi bien le domaine de la Santé au Travail que celui de la Santé Publique. Le dernier Baromètre de Santé Public France met en lumière le fait que l’état de santé des populations est fortement conditionné par les déterminants sociaux, tel le niveau de diplôme, la situation financière, les conditions de logement, le fait d’être jeune, etc. Plus d’une personne sur cinq déclare avoir subi des discriminations dans ces domaines, au cours des cinq dernières années, avec un impact direct sur le bien-être et la santé.
Les seniors aussi, quand ils cherchent un travail, sont considérés comme «trop vieux, trop chers, dépassés et surtout comme une charge trop lourde au niveau de la santé – il faut les exclure de l’assurance maladie dès 80 ans». Cette discrimination liée à l’âge a atteint un tel niveau que la Fédération des Associations de retraité-e-s et de l’entraide en Suisse lance une pétition demandant une «Protection juridique contre la discrimination liée à l’âge» avec plusieurs revendications pour assainir la situation actuelle.
Cet exemple pourrait être un modèle pour les Associations en lien avec la protection de la santé des salarié-e-s, afin de «réveiller» les décideurs et les mettre face à leur responsabilité vis-à-vis de la société. Demander une protection juridique contre la discrimination au travail pourrait être un moyen d’activer la justice pour réprimer les abus et promouvoir la prévention. La Santé Publique se construit par des choix en matière d’urbanisme, d’éducation, d’environnement, de cohésion sociale qui constituent des déterminants sociaux importants. Il faut reconnaître que la Suisse a des progrès à faire… placée en dernière position en matière de prévention en Europe selon l’Indice de Santé Publique (AOK).
Dans ce contexte, les responsables RH sont de précieux relais pour faire comprendre à la direction des entreprises l’importance de ce problème de discrimination, non seulement au niveau de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) mais aussi au niveau économique, éthique et moral.

