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Gentillesse et management: anachronisme?

Prononcez le mot «gentil» en parlant d’un collègue à des interlocuteurs au sein de votre entreprise et vous aurez toutes les chances que l’on vous jette des regards surpris. Et si vous occupez une position de management, alors là, vous serez quasiment soupçonné d’avoir perdu la raison. On risque bel et bien de vous croire converti à un mouvement religieux plaçant la béatitude et l’idéalisme humain au centre, alors qu’il est attendu des chefs qu’ils soient durs et percutants.

Le leadership introuvable?

Sans doute avez-vous, tout comme moi, voulu y croire un jour, de toute votre énergie positive. Peut-être avez-vous été aussi enthousiasmé que je le fus, la toute première fois que vous en avez entendu parler. Ne serait-il pas tellement simple en effet, si pratique, si élégant et si merveilleux d’aller puiser à sa source la panacée, l’élixir systémique, l’universelle solution à toute situation?

Importées massivement des USA (sans plus de discernement que la tortue tueuse de Floride, l’écrevisse américaine, le frêne puant – c’est son nom – ou l’ambroisie allergène), les théories du leadership, invariablement positives et toujours flanquées d’anodines apparences, nous ont subrepticement submergés, éradiquant au passage nos solides traditions managériales, étouffant nos plus belles valeurs humaines et sociales au nom de l’Ebitda, stérilisant finalement, dès les premières pousses, toute initiative alternative.

Le management (salutaire) du futur sera féminin!

Hyper règlementation, légifération pléthorique, obsession des processus, croyance aveugle dans la conduite exclusivement par les chiffres, actions à court terme, pression, compétition interne malsaine et lutte de pouvoir, centralisation de ce dernier. Autant de fléaux qui conduisent à l’abrutissement et créent une souffrance en entreprise terriblement répandue. A terme, c’est la performance qui est touchée, sans parler des problèmes de santé des travailleurs, un danger immense pour la société.

Le management peut s’apprendre. Vraiment?

Une question abondamment débattue, les réponses méritant nuance.

L’acte de management est composé essentiellement de deux éléments, que nous appellerons «technique» (organisation, marketing, finances, etc.) et «humain» (addition de compétences, motivation, etc.). Bien que pour le premier élément, si l’on est de nature bien organisée, à l’aise avec les chiffres et que l’on se sent des affinités avec les thèmes «vente et marché», on va avoir la tâche facilitée, il n’en demeure pas moins que ces aspects peuvent effectivement s’apprendre, même en partant d’une feuille blanche.

On ne vous donne pas le titre? Prenez-le!

J’ai passé pas mal de temps sur LinkedIn récemment. J’y ai vu autant de conseils fumeux que de chiffres: «7 comportements qui feront de vous un vrai manager», «5 leçons pour devenir un leader inspiré», etc.. Il m’est arrivé de rire toute seule en imaginant toutes les accroches abêtissantes que je pourrais inventer: «3 méthodes simples pour devenir un superchef qui en a» ou «Etre le chouchou du boss: 5 manières d’y parvenir».

Ne comptez donc pas sur moi pour vous prodiguer les 7 commandements du dirigeant inspirant. J’ai plutôt envie de vous faire partager une philosophie personnelle qui est un peu à contre-courant. Je vais partir d’un sujet fréquent au sein des structures qui ont vu les tâches managériales s’axer plus sur Excel que sur le terrain: assumer un rôle de manager sans en avoir le «titre».

Ne pas sous-estimer la charge émotionnelle du manager

Tout à la fois arbitre, psy, professeur, père fouettard, papa, flic, dépositaire du savoir technique, médiateur, pilote et confident, le manager est exposé à une charge émotionnelle qui peut être lourde, très lourde.

Le travail d’équilibriste découlant des attentes placées en lui est quotidien, intense, et peut se résumer à tenter de résoudre la quadrature du cercle. Il n’est pas rare que les pressions ainsi exercées finissent par atteindre la santé de l’intéressé. De nombreuses études sur la question du stress des cadres et des chefs d’entreprise font apparaître que la situation est pour le moins sérieuse.

L’ambiance de travail délétère, un danger pour la performance

Dans mon dernier billet, j’expliquais à quel point certains facteurs dysfonctionnants pouvaient faire ressentir la charge de travail plus importante qu’elle n’est en réalité.

Parlons cette fois-ci d’un facteur crucial de ce sentiment de surcharge subjective, qui revient fréquemment dans les diagnostics que j’effectue sur l’analyse de la charge et la qualité de vie au travail: l’ambiance.

La vraie valeur de nos Valeurs: de la raisonance à la résonance

Me pardonnez-vous ce néologisme? Propre dit-on à notre nature humaine, érigée en déesse par la révolution française, métaphysiquement critiquée par Kant dans sa version pure, la raison, sous la forme abâtardie d’une raisonance permanente, nous envahit, sclérosant notre nature humaine, créant d’insolubles conflits, ratatinant chaque opportunité de transcendance ou de création.

Cette raisonance universelle a investi l’entreprise: le chiffre, le KPI et le dividende, déifiés à leur tour, sont les parangons de la réussite, quitte à laisser l’affairisme à court terme le plus destructeur agioter avec nos valeurs les plus humanisantes.