Santé en entreprise: et les dirigeants?

Il y a des travailleurs dont on ne parle pas beaucoup, bien qu’ils puissent avoir de sérieux problèmes de santé en lien avec leur emploi et qu’ils jouent un rôle crucial dans la société. Ce sont les patrons de PME, les indépendants, artisans et autres travailleurs non-salariés.

Selon l’OFS, 99,7% des entreprises en Suisse sont des PME, dont la très grande majorité (90%) sont des micro-entreprises employant jusqu’à 9 personnes. Ces dernières échappent donc à la protection sociale et légale que la LAA (Loi sur l’Assurance Accidents) et la LTr (Loi sur le Travail) offrent aux salariés. Pourtant, personne ne s’occupe de leur santé et les études scientifiques à ce sujet sont vraiment rares.

Si les suicides de grands patrons tels ceux des CEOs de la Banque Julius Baer en 2008 ou de Swisscom en 2013 ont fait la Une, ceux des petits patrons sont ignorés. Or un suicide traduit une souffrance psychique intolérable et a un impact considérable tant au niveau de l’entreprise (40% déposent leur bilan, suite au suicide du patron) et des employés concernés, que sur celui de l’entourage (conjoint, enfants, communauté).

Ces dirigeants ont été, souvent, des personnes courageuses qui ont pris des risques et se sont investies à 100% pour développer un produit ou des services qui leur tenaient à cœur, et leur disparition arrive dans l’indifférence générale. La situation économique difficile et très instable dans certains secteurs rend aléatoire la survie de certaines PME, ou d’exploitations agricoles par exemple. Elle oblige le chef d’entreprise à se débattre, tant bien que mal, pour maintenir à flot son navire, jusqu’au jour où il n’en peut plus; c’est le burnout, la dépression voire le suicide.

Qui aide ces capitaines à ne pas détruire leur santé ou leur vie? Comme ils ne savent vers qui se tourner pour faire face à leur grande solitude, ils cherchent un soutien auprès de coaches – dont la formation, l’expérience et les compétences ne sont pas garanties – ou rejoignent des groupes d’échanges entre pairs pour trouver au moins une écoute.

Or, il existe en Suisse, sous la responsabilité du professeur Mathias Rossi, à la Haute École de Gestion de Fribourg, une antenne de l’Observatoire français Amarok. Cette structure dédiée à la santé physique et mentale des travailleurs non-salariés, tels que les dirigeants de PME, peut apporter son aide. Dans le canton de Vaud, il y a aussi le département Santé-Travail-Environnement d’Unisanté (ex-IST), même si ce dernier n’a pas encore pu mettre ce sujet dans ses priorités de recherche. Par ailleurs, les objectifs et les activités de l’ASGT (Association Santé Globale & Travail, Lausanne) vont dans ce sens: créer entre les professionnels de la santé au travail et les chefs d’entreprises, dirigeants et DRH un vrai dialogue et une émulation réciproque. Une co-contribution pour résoudre les sérieux problèmes actuels, dont celui de la santé des dirigeants n’est pas le moindre.

«Une société mature est une société qui protège ceux qui la font vivre». Cette phrase du professeur Olivier Torrès, créateur de l’Observatoire Amarok à Montpellier, indique la piste à suivre: il faut que la santé au travail soit enfin prise au sérieux, même pour les dirigeants de PME, acteurs indispensables de notre économie.

2 comments for “Santé en entreprise: et les dirigeants?

  1. 11 janvier 2020 at 7:58

    Lorsqu’il est écrit « Selon l’OFS, 99,7% des entreprises en Suisse sont des PME, dont la très grande majorité (90%) sont des micro-entreprises employant jusqu’à 9 personnes. Ces dernières échappent donc à la protection sociale et légale que la LAA (Loi sur l’Assurance Accidents) et la LTr (Loi sur le Travail) offrent aux salariés. » je ne comprends pas quelles dispositions de protection de la santé émanant de la LAA / LTR ne sont pas applicables.

    La santé au travail en France ne s’applique qu’au travailleur salarié et exclut de fait la majorité des dirigeants et indépendants.
    La pratique suisse en santé au travail est beaucoup plus large et il n’est pas fait de distinction entre salarié ou pas puisque la démarche d’appel est avant tout volontaire.

    Dans ma pratique, j’ai déjà été sollicité pour des conseils, de l’orientation directement par des chefs d’entreprises qui avaient eux même des problèmes de santé.

    Un grand merci Michel d’aborder a chaque fois avec la rigueur qui est la tienne les points sensibles de la santé au travail en Suisse.

    • 13 janvier 2020 at 13:31

      Merci Sébastien pour cette utile précision.
      Je ne pense pas que les chefs d’entreprise (et surtout les petites) soient au courant de cette pratique helvétique plus large qu’en France et qu’ils fassent la nuance entre conseils et orientation et pure application de la loi.

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