Privées de dessert!

L’autre jour ma fille, étudiante à l’école hôtelière de Lausanne, me dit en se levant le matin: «Tu sais maman, c’est injuste, il n’y a vraiment pas d’égalité entre femmes et hommes!»

«Et qu’est-ce qui te fait dire cela?», lui demandai-je. «Eh bien hier soir, pendant mon service à table (dans un congrès de la région), une chose m’a frappée: la grande majorité des femmes n’a pas touché au dessert ou alors si peu. Elles ont laissé leur assiette à peine entamée et surtout toute la crème. Nous avons débarrassé des assiettes pleines de dessert, alors que les hommes ont laissé leur assiette vide! Et ceci quel que soit leur âge. J’ai constaté cela autant pour les jeunes femmes que pour les plus âgées. Les hommes eux ont tout mangé, autant les jeunes que les vieux, qu’ils soient petits ou grands, minces ou gros… C’est injuste non?»

De mon côté, même sentiment d’injustice: lors d’une formation dans une grande institution de la région, j’ai observé que la majorité des femmes occupaient une fonction inférieure à leur niveau de diplôme et leurs expériences, et ceci quel que soit leur âge. Gâchis de nourriture et gâchis de compétences, même combat?

Comment utiliser l’exemple du dessert afin de trouver des solutions à l’inégalité des chances de parcours professionnel qui persiste entre les hommes et les femmes dans le monde du travail? Il suffirait peut-être de diminuer les portions pour que les femmes puissent goûter à tout avec des quantités adaptées à leur capacité? Cela pourrait aussi être bénéfique pour les hommes du reste! C’est-à-dire repenser le monde du travail et son environnement. Quelques adaptations simples et bénéfiques pour toutes et tous découlant de l’observation seraient sans doute plus efficaces qu’un lourd processus de contrôle.

L’égalité des chances, c’est donner aux hommes et aux femmes la possibilité de faire carrière de manières équitable. Il est frappant de constater comme aujourd’hui encore l’épanouissement professionnel, entendez la période imposée pour faire carrière, est concentré dans la tranche d’âge entre trente et quarante ans. Et c’est justement la période durant laquelle les femmes donnent la priorité à la maternité et à la famille. Repenser les temps de vie professionnels, faire carrière tout au long de sa vie et non seulement pendant la période de la trentaine, n’est encore qu’un vœu pieux.

Alors serait-il possible de transposer dans le monde du travail l’hygiène alimentaire consistant à manger de tout en plus petites doses et plus souvent afin de garder la ligne et d’être en meilleure santé? Il s’agirait d’équilibrer vie privée et vie professionnelle, de penser globalité du parcours professionnel, soit de donner des possibilités de promotion au-delà de 45 ans, au lieu de vouloir à tout prix rentabiliser immédiatement des compétences professionnelles.

Cela permettrait également de tendre à moins d’épuisement et à une meilleure qualité de vie au travail pour toutes et tous, tout en permettant aux femmes de ne pas être systématiquement privées de dessert.

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