Insultes à l’intelligence

Processus, industrialisation, automatisation, rationalisation, optimisation, réglementation, mise en conformité. Tels des incantations religieuses, ces termes – à l’origine parfaitement usuels dans le cadre de la conduite d’entreprises -, dictent la vie dans bon nombre d’institutions et sont devenus mortels pour des qualités humaines comme la créativité ou le sens de l’initiative.

En effet, prié de respecter scrupuleusement les processus tout au long de sa journée de travail, le collaborateur est enfermé dans un carcan de directives de plus en plus rigides. Et, si cela n’est effectivement jamais exprimé explicitement, il n’en demeure pas moins qu’il est prié d’exécuter sans discuter, en évitant soigneusement de réfléchir.

Copies qu’on forme

Tout est parti d’un coup d’œil sur une brochure détaillant une formation aux RH. Ma réaction fut simple: les cordonniers sont vraiment les plus mal chaussés.

Lorsque l’on sait que la formation structure la façon de penser, d’agir et grandir, il est légitime de s’interroger sur la façon dont on forme nos talents RH. Souvent, cette dernière provoque en moi une réaction à cheval entre la peur et la consternation.

La vraie valeur de nos Valeurs: de la raisonance à la résonance

Me pardonnez-vous ce néologisme? Propre dit-on à notre nature humaine, érigée en déesse par la révolution française, métaphysiquement critiquée par Kant dans sa version pure, la raison, sous la forme abâtardie d’une raisonance permanente, nous envahit, sclérosant notre nature humaine, créant d’insolubles conflits, ratatinant chaque opportunité de transcendance ou de création.

Cette raisonance universelle a investi l’entreprise: le chiffre, le KPI et le dividende, déifiés à leur tour, sont les parangons de la réussite, quitte à laisser l’affairisme à court terme le plus destructeur agioter avec nos valeurs les plus humanisantes.

Petit traité de bon sens pour faire face au stress des collaborateurs

«Je suis débordé…» Vous l’entendez, cette petite musique de fond? Vos collaborateurs vous la susurrent. «Les gens se plaignent tout le temps et même lorsqu’on recrute des temporaires, ça ne va toujours pas: ils sont stressés», me racontait récemment un directeur de service lors d’un audit de surcharge.

Stressés. Etymologiquement, «stress» vient du latin stringere qui signifie serrer, étreindre. Ainsi, les personnes se sentent «étouffées». Le sont-elles toujours à cause de la quantité de tâches qu’elles ont à réaliser ? Pas si sûr.

Assessment: l’outil miracle?

Survenu sous nos latitudes vers la fin des années 80, l’assessment a pris son envol la décennie suivante, pour devenir aujourd’hui quasiment un incontournable du recrutement ainsi que des plans d’avancement. Un «must».

Est-ce pour autant la panacée qui permet de garantir la justesse des choix? A constater la brutalité qui se développe en entreprise de façon au moins aussi rapide que le recours aux exercices d’assessment, on peut légitimement se poser la question.

Le Leadership Incantatoire

L’incantation vaut-elle l’action? Le volontarisme au travail crée-t-il le dividende? Lors des séances, des réunions ou des comités auxquels je suis invité, j’entends souvent une musique discordante, fastidieuse tant elle s’impose. S’agitant autour d’un totem à tête de veau d’or, des leaders – apprentis-chamans – y psalmodient sans fin une étrange mélopée: «il faut, on doit, il faut, on doit, il faut, on doit, il faut, on doit…». En toutes les langues et sur tous les tons!

Un grand groupe international, visité en Europe l’été dernier, impose désormais à chaque collaborateur, dans un credo plastifié dans chaque bureau, cette même litanie incantatoire à base d’obligations sans cause, unique source de tout argument.

Certains gourous encore, promoteurs de méthodes dites nouvelles – en fait, maquillées d’appellations non-contrôlées et à consonances anglo-saxonnes -, font miroiter le nirvana économique, à grand renfort de: «il faut, on doit!» Il ne s’agit plus d’un tic, mais d’un toc – un trouble obsessionnel compulsif!

Le changement pour le changement: dangereux, très dangereux!

Dans un monde où les sphères dirigeantes sont encore bien trop souvent constituées de messieurs de la typologie «mâle dominant», il est de bon ton, lorsqu’un cadre reprend la direction d’une équipe – tout niveau confondu -, qu’il «bouge» l’organisation de fond en comble, et tout de suite. C’est bel et bien, à l’instar de l’animal, une façon de marquer son territoire et de justifier sa nomination.

S’il est au sommet d’une hiérarchie conséquente, en qualité de CEO d’une multinationale, par exemple, ce sera un véritable tremblement de terre qui ébranlera toute l’entreprise, avec ses multiples répliques au travers de l’ensemble de l’organigramme. La peur va gagner l’entreprise, avec toutes les conséquences néfastes que l’on peut imaginer.

Le marketing employeur, c’est apparaître dans le news feed du candidat (1)

A la question «qu’est-ce que c’est que la Marque Employeur?», la pratique des derniers mois m’a conduit à répondre «apparaître dans le news feed du candidat!». Cette réponse prend probablement des raccourcis, résonne certainement de manière un peu simpliste. Elle me paraît néanmoins avoir des mérites.

Pragmatique, elle nous amène à visiter les quelques notions qui définissent le concept. Concrète, elle nous pousse à regarder l’objectif à atteindre et à laisser un peu la philosophie de côté. Simple, elle permet à tous les acteurs de s’y reconnaître et de collaborer.