On ne vous donne pas le titre? Prenez-le!

J’ai passé pas mal de temps sur LinkedIn récemment. J’y ai vu autant de conseils fumeux que de chiffres: «7 comportements qui feront de vous un vrai manager», «5 leçons pour devenir un leader inspiré», etc.. Il m’est arrivé de rire toute seule en imaginant toutes les accroches abêtissantes que je pourrais inventer: «3 méthodes simples pour devenir un superchef qui en a» ou «Etre le chouchou du boss: 5 manières d’y parvenir».

Ne comptez donc pas sur moi pour vous prodiguer les 7 commandements du dirigeant inspirant. J’ai plutôt envie de vous faire partager une philosophie personnelle qui est un peu à contre-courant. Je vais partir d’un sujet fréquent au sein des structures qui ont vu les tâches managériales s’axer plus sur Excel que sur le terrain: assumer un rôle de manager sans en avoir le «titre».

Je parle du collaborateur de l’équipe très engagé à qui on a subitement demandé de gérer la prod’, les objectifs et les conflits, mais à qui le manager en chef dit, lors du rapport d’un incident avec un membre de «son» équipe: «JE vais le voir en entretien». Ça vous parle? Passons sur toutes les conséquences de ce genre de fonctionnement et la manière de le résoudre. Je souhaite plutôt me mettre dans la peau de ce collaborateur dont l’entreprise ne veut/peut pas donner ce titre pour l’instant.

Mes états d’âme?

  • J’étais dans l’équipe avant, maintenant j’entends «t’es passé du côté de la direction». Oui. Sauf que je suis entre le marteau et l’enclume et je n’en ai même pas la légitimité.
  • Je dois négocier avec «mes» collaborateurs pour atteindre les objectifs et me justifier devant le sempiternel «tu n’es pas mon manager».
  • Je suis le bras droit du vrai manager, mais à l’heure du recadrage ou de l’évaluation, je ne suis pas là.
  • Je dois former, soutenir, coacher mais mon salaire n’a pas évolué.
  • Je dois régler des situations complexes mais je ne suis pas formé pour ça.

Vous avez entendu «manque de clarté du rôle»? J’ai entendu «leadership et formation ».

Je suis en réalité un manager. Quoi qu’en dise mon contrat, je gère une équipe. Dois-je, devant ce manque de confirmation formelle, continuer de freiner des quatre fers ou bien embrasser mon rôle?  Au fond de moi, je sais comment faire sans ce titre et j’en ai envie. Qu’est-ce qui m’en empêche? Mes principes? Mes constructions sociales sur le fait qu’être un manager requiert tel cahier des charges et tel salaire? Le manque de formation?

Me vient une simple idée, qui n’a pas vocation à être une loi universelle et qui ne défend pas forcément ce genre de pratiques dans l’entreprise, mais qui cherche à pousser d’un cran la réflexion.

Vous avez certes plein de raisons de vouloir légitimer votre statut. Mais vous vous méprenez si vous pensez que lorsque le «vrai» chef va dire au groupe «Bidule a maintenant sur son contrat et sa carte de visite le titre de manager», tous vos problèmes seront réglés. Tout peut changer en revanche si vous décidez de faire de ce poste «le vôtre» en construisant chaque jour votre légitimité par votre exemplarité, votre assise et votre enthousiasme.

Vous aimez ce job? Alors créez-le, dimensionnez-le comme vous le voulez idéalement, prenez l’initiative et quand vos collaborateurs n’appelleront plus le «chef» mais vous, vous saurez que vous êtes à votre place.

Si le côté négatif commence à devenir plus important que le plaisir (manque de reconnaissance, absence de soutien, bypass), vous pourrez toujours aller sur LinkedIn lire les « 4 conseils pour trouver un job de manager avec carte de visite et tout le tremblement». En entretien, vous expliquerez tout ce que vous avez fait dans votre précédente boîte, ce que vous y avez appris, les stratégies que vous avez développées pour créer l’adhésion. Les obstacles que vous aurez rencontrés – vous donnant une vision plus réaliste du rôle – vous apporteront alors un avantage hautement concurrentiel.

2 comments for “On ne vous donne pas le titre? Prenez-le!

  1. Laurent dorget
    11 mai 2016 at 3:17

    Merci Sophie. Perso j’ai toujours fait de mon job ce que je voulais qu’il soit. Stop me if you can…
    Restons positif, tout (ou presque) est entre nos mains, passe par le respect des autres, l’altruisme, l’humilité et la limitation de l’ego ?

    • Sophie Hautbois
      11 mai 2016 at 16:30

      Merci Laurent pour ton commentaire. C’est aussi ma philosophie. Pas toujours évident mais comme tu dis…power is in our hands 😉

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