Ne pas sous-estimer la charge émotionnelle du manager

Tout à la fois arbitre, psy, professeur, père fouettard, papa, flic, dépositaire du savoir technique, médiateur, pilote et confident, le manager est exposé à une charge émotionnelle qui peut être lourde, très lourde.

Le travail d’équilibriste découlant des attentes placées en lui est quotidien, intense, et peut se résumer à tenter de résoudre la quadrature du cercle. Il n’est pas rare que les pressions ainsi exercées finissent par atteindre la santé de l’intéressé. De nombreuses études sur la question du stress des cadres et des chefs d’entreprise font apparaître que la situation est pour le moins sérieuse.

Bien entendu, certains dirigeants ne s’embarrassent pas de ces questions et pratiquent un «management par tableau excel» leur évitant toute implication humaine au-delà du strict nécessaire. La financiarisation de l’économie, avec ses écoles de management et autres consultants, ont poussé à l’extrême un fonctionnement basé exclusivement sur les processus et la rentabilisation à court terme, provoquant ainsi des désastres humains au sein de passablement d’entreprises.

A contrario, si l’on part de la ferme conviction que seul un management humain, respectueux et valorisant, est à même de produire des résultats ambitieux de façon durable, il conviendra de prendre en compte la forte implication émotionnelle qui en découle et qui n’est pas sans risques.

Une conduite basée sur les principes susmentionnés implique de l’empathie, un investissement humain important et, de facto, une grande proximité du chef avec ses subordonnés. Le risque en découlant se divise ainsi principalement en deux éléments:

  • La charge émotionnelle excessive. A l’instar du médecin, une trop forte implication peut conduire à une sorte de fusion avec les personnes dont le manager a la responsabilité, provoquant un risque particulièrement élevé de burnout.
  • Le manque de recul. Trop impliqué et identifié, le manager ne peut plus prendre de décisions de façon neutre.

Equilibre et sérénité seront les ingrédients clé permettant d’éviter de tomber dans les travers ci-dessus. Il conviendra dès lors de miser sur des managers considérant leur activité comme une responsabilité particulièrement élevée, qui enrichit leur vie par le rôle déterminant qu’elle joue dans la réalisation de soi des personnes qui leur sont subordonnées.

Le manager qui suit la voie de la mise en valeur du capital humain se verra confronté à des événements le forçant à regarder dans les yeux des réalités déroutantes. Soit celles de personnes auxquelles il fait totalement confiance et qui, un jour, lui révèlent des faces cachées, nécessitant beaucoup d’abnégation: les dépendances, le harcèlement sexuel, le mobbing ou encore le surendettement. Autant de maux qui rongent non seulement les personnes concernées, mais aussi le team et, partant, la performance de l’entreprise.

La mission du manager consistant avant tout à atteindre des résultats de performance, il est placé dans un rôle aux facettes multiples, mêlant empathie et nécessité de tenir ses distances pour atteindre les résultats, forcément ambitieux, qui sont attendus.

Il est ainsi vital qu’il sache garder ses distances. Il lui appartient de détecter et alerter, mais en aucun cas de s’impliquer au-delà du raisonnable. Mais où est la frontière?

La meilleure manière de ne pas franchir celle-ci est de recourir aux personnes spécialisées dans la gestion des risques psycho-sociaux. Neutres et non impliquées dans la recherche de résultats de production, elles ont l’expertise et la distance qui leur permettent d’agir en abordant des affaires touchant à l’intimité.

Une collaboration bien comprise avec des spécialistes est indispensable au traitement des affaires humaines complexes. La façon de les traiter constituera également un signal pour le personnel. Bien gérées, ces questions constitueront un facteur de motivation, le contraire étant vrai aussi. Et elles aideront à conserver la santé et l’équilibre des cadres.

2 comments for “Ne pas sous-estimer la charge émotionnelle du manager

  1. 9 mai 2016 at 11:40

    Article très intéressant qui met en lumière les difficultés des managers intermédiaires qui sont de plus en plus sollicités.

    Je ne suis par contre pas convaincu que la seule planche de salut soit le recours aux spécialistes en gestion des risques psycho-sociaux.

    L’entreprise doit mettre en place un environnement favorable qui permette à ses managers de garder leur équilibre au milieu des contraintes, des exigences et des paradoxes.

    • 11 mai 2016 at 11:12

      Vous avez entièrement raison. Mon idée était d’attirer l’attention sur le fait qu’il existe des aides « extérieures », malheureusement encore insuffisamment connues. Mais il est clair que le fonctionnement de l’entreprise joue le rôle fondamental.

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