Miroir, ô mon miroir, qui est le plus beau? Et le plus sportif?

Récemment, je parlais avec deux de mes amis de l’activité physique que nous arrivons à exercer durant la semaine. L’un, appelons-le Jean, fait du sport régulièrement mais a une façon très réservée, presque dévalorisante, de parler de ses performances physiques: il n’est pas en forme, il n’en fait pas assez, les amis avec lesquels il fait du vélo sont meilleurs. Mais son apparence physique crie le contraire: mince et tonique.

L’autre ami, appelons-le Paul, a plus de signes extérieurs de manque d’exercice physique: il est en surpoids et jouit avec entrain des plaisirs de la vie. Ce qui, soit dit en passant, est aussi important – si ce n’est plus! – que de faire du sport, mais c’est une autre histoire. Paul est objectivement en moins bonne condition physique que Jean mais parle avec assurance du «sport qu’il fait tous les jours».

Sur le point de provoquer Paul – avec bienveillance – sur la façon dont il essayait de nous faire croire à une intensité invraisemblable d’activité physique, je me suis rendu compte qu’il était parfaitement sérieux et honnête, et n’ai pas eu le cœur de briser le miroir dans lequel il se voit. Eh oui, quelle que soit la mesure utilisée, Jean fait plus de sport que Paul. Jean est en meilleure forme que Paul. Mais Paul a une image positive de ses performances.

Durant les interviews de recrutement, il est diablement difficile de faire la part des choses. Imaginez une matrice à quatre cases. Il y a ceux qui se voient comme formidables et le sont. A noter que nous restons ici dans une vision très généraliste, de l’ordre de l’adéquation entre compétences requises et maîtrisées; il s’agit donc d’une valeur relative et non absolue. Il y a ceux qui sont formidables mais ne le voient pas, ceux qui ne le sont pas mais y croient et ceux qui ne le sont pas et le savent. La première et la dernière catégorie de personnes voient les choses telles qu’elles sont, les deux autres pas.

Il est quasi-impossible d’avoir la «vraie» image de soi: pour de multiples raisons liées à notre passé et notre personnalité, nous avons tous une vision biaisée de qui nous sommes et de la valeur que nous avons sur le marché du travail. C’est donc au recruteur de faire le travail avant et durant l’entretien, par son analyse du dossier de candidature et par ses compétences de maïeutique: qui est vraiment le candidat, que peut-il, que sait-il? L’image qu’il essaie de projeter est-elle ce à quoi il croit? Et si oui, est-ce la réalité?

Il s’agit de croiser l’information, vérifier les références, questionner le candidat de façon incessante et surtout le confronter à des situations vécues pour qu’il raconte, ainsi que le ferait un observateur externe, les épisodes marquants, positifs comme négatifs, de son histoire professionnelle. Il n’y a pas de raccourci possible, c’est du travail, du temps, de l’expérience et de la persévérance de la part du recruteur.

Si cette recette n’est pas appliquée, le premier danger est de croire le candidat qui se «grandit», se survend. Mais un plus grand danger encore guette: celui de passer à côté du candidat de rêve qui ne sait pas qu’il est une perle.

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