Mais que font les écoles de management?

Plaisanterie sortie de la bouche d’un membre de direction niveau middle management d’une multinationale: «Nos chefs doivent lire les bouquins de management à l’envers! Je n’arrive pas à m’expliquer autrement le nombre d’erreurs flagrantes qu’ils commettent.»

Pour le moins interloqué par l’ambiance désastreuse que faisaient régner les étages supérieurs de la direction, ce cadre perdait son latin devant un constat s’observant de plus en plus dans le monde professionnel: un énorme fossé règne entre les préceptes de bonne gouvernance managériale préconisant «créativité, esprit entrepreneurial et bien-être au travail» – pour n’en citer que quelques-uns – et la réalité, qui est progressivement de plus en plus à l’envers. Le mal-être au travail est bien trop répandu pour que l’on puisse penser que les préceptes préconisés soient une réalité vécue par la majorité.

Alors, où est le problème? L’auteur de cet article n’aura pas la prétention d’y répondre, le type de phénomène décrit ci-dessus ayant par définition des origines multiples. On peut toutefois légitimement se poser la question des cursus préparant aux fonctions managériales, tant il y a foison d’écoles de formation et, en parallèle, de malheur en entreprise.

Un premier élément de réflexion doit nous faire nous interroger sur les parcours de certains dirigeants occupant des fonctions clé au sein de grands groupe: longues études en science économiques ponctuées de moult théories de management, suivies immédiatement de quelques années auprès d’une grande entreprise de consulting, pour arriver finalement directement au top management d’une entreprise. Quelle perception des réalités vécues par les collaborateurs une personne de ce profil peut-elle avoir?

Un second élément réside dans l’état d’esprit régnant dans certaines facultés/écoles, consistant à répéter aux étudiants qu’ils représentent l’élite de la société. S’il est effectivement vrai que le titulaire d’un diplôme supérieur disposera d’un savoir précieux, il n’en demeure pas moins qu’il n’est à ce stade que le détenteur d’une belle boîte à outil, mais avec un long chemin devant lui, à savoir celui de l’acquisition d’expérience. Certaines écoles devraient se souvenir de rappeler cela à leurs étudiants. Le savoir théorique sans l’expérience ne vaut pas grand-chose.

Le savoir théorique, précisément, pourrait constituer le troisième élément de réflexion. Devant le nombre de prétendants au Graal, les écoles mettent la barre toujours plus haut, par le biais du seul moyen à leur disposition, soit élever les exigences en termes de matière académique à ingurgiter et régurgiter. Cela aide à filtrer, mais on peut se demander s’il s’agit de la bonne manière pour sélectionner les futurs bons cadres dont nos entreprises ont besoin. Le risque est grand de se tromper de cible.

5 comments for “Mais que font les écoles de management?

  1. Frédy Bovet
    20 août 2017 at 22:04

    Monsieur,
    J’ai pris connaissance avec intérêt de votre article. Je ne peux pas m’empêcher de faire le lien avec un ouvrage actuellement en lecture :
    Jean-Claude Cassely – La révolte des premiers de la classe – Les éditions ARKHE 2017.
    En Suisse, il est grand temps que les top managers et les DRH connaissent mieux le système de formation professionnell et en particulier la formation professionnelle supérieure (brevets et diplômes fédéraux et écoles supérieures).
    Il me semble en effet que les cadres qui ont suivi un cursus professionnel en ayant exercé le métier de base (sanctionné par un CFC) sont plus en phase avec la réalité que les cadres issus des « grandes écoles ».
    Sans vouloir « sanctifier » le système de formation professionnelle suisse, il est urgent de mettre en adéquation les savoirs théoriques et les savoirs d’action.

    • 21 août 2017 at 10:21

      Merci pour votre commentaire. Je vous rejoins pleinement. Soulignons toutefois qu’il est important de ne pas aller d’une extrême à l’autre. Pour certaines fonctions de haut niveau (CEO de multinationale, par exemple), de solides études en haute école sont certainement une base nécessaire. Cela ne doit pas empêcher cette personne de passer par des étapes de mise en situations réelles, avant de s’installer dans le fauteuil suprême.

  2. 17 août 2017 at 16:08

    Merci Bernard pour cette réflexion stimulante. Votre billet me fait penser à ce formatage des esprits dont sont responsables les grandes écoles de management. Il reflète aussi la crainte qu’ont les grandes organisations de recruter des personnes qui viennent d’autres horizons. Pour diminuer le risque, ils se contentent de sélectionner les meilleurs MBA de chaque volée, renforçant ainsi l’uniformisation des pratiques managériales, et, dans certains cas, la spirale infernale de la souffrance au travail. Le courage managérial et organisationnel, pour citer le sociologue français Gérard Reyre, n’est pas une posture facile.

    • 21 août 2017 at 10:28

      Merci Marc pour votre commentaire. J’apprécie tout particulièrement le terme « formatage des esprits » et votre description d’un système auto-alimenté. C’est bien là que réside le problème. Il existe aujourd’hui des sortes de filières, en langage politiquement correct, des réseaux, qui finissent par occuper les postes en tissant une sorte de toile. Un fonctionnement quasi incestueux.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *