Le management peut s’apprendre. Vraiment?

Une question abondamment débattue, les réponses méritant nuance.

L’acte de management est composé essentiellement de deux éléments, que nous appellerons «technique» (organisation, marketing, finances, etc.) et «humain» (addition de compétences, motivation, etc.). Bien que pour le premier élément, si l’on est de nature bien organisée, à l’aise avec les chiffres et que l’on se sent des affinités avec les thèmes «vente et marché», on va avoir la tâche facilitée, il n’en demeure pas moins que ces aspects peuvent effectivement s’apprendre, même en partant d’une feuille blanche.

Pour ce qui est du second, éminemment plus subtil et totalement déterminant dans la réussite de toute entreprise, il mérite nuance, car il fait clairement appel à des aptitudes qui sont loin d’être innées chez tout le monde. Ces dites aptitudes peuvent être désignée par des termes comme compétences sociales, psychologie, pédagogie, bref, des compétences que l’on ne peut pas forcément apprendre comme on accumule du savoir technique.

La comparaison peut être faite tant avec les activités sportives qu’artistiques. A cet égard, ce que l’on dit d’un Roger Federer est parlant: d’abord, il y a un don exceptionnel pour le jeu, le maniement de la balle ainsi que la faculté à se situer dans l’espace. Ajoutée à ce talent qui dépasse toutes les moyennes admises, il y a une énorme somme de travail. C’est une réalité, mais aurait-il pu arriver à de tels sommets sans ces aptitudes exceptionnelles? Assurément non, sinon il y aurait des milliers de champions comme lui sur terre, les centres de sport ne manquant pas de jeunes qui se dépensent sans compter, mais qui n’y arrivent pas.

Un autre exemple est donné par la musique, domaine que le soussigné connaît bien. Sans un sens particulièrement élevé du rythme et une oreille musicale de haut niveau, on pourra passer des journées entières à suer sur son instrument, cela ne créera pas le virtuose.

Retour au management. Le maniement de la «matière» humaine demande une finesse et une sensibilité hors normes, à l’instar des sportifs et des artistes qui atteignent des sommets. Avec cette matière première, on peut assurément décupler ses capacités en y ajoutant de la formation et de l’expérience. Mais sans ces aptitudes à la base, il est illusoire de penser que l’on peut tout compenser par de la formation et du travail, même de façon acharnée.

Rappelons-le, le management ne s’arrête pas, et de loin, à des questions financières et organisationnelles, même si des courants de pensée malheureusement bien trop répandus distillent cette néfaste tendance. Bien au contraire, et c’est plutôt fort rassurant, ce sera encore et toujours l’humain qui fera la différence. Et là, le monde des managers sera, lui aussi, scindé entre les virtuoses et les autres.

Deux erreurs sont principalement à l’origine du mal-être en entreprise. Celle décrite ci-dessus, soit la croyance que la finance et les structures font tout. La seconde est le fait que l’on nomme trop souvent le meilleur technicien au poste de chef. Dans ce dernier cas, on pourra aider par de la formation, pour autant qu’il existe un minimum de prédispositions sociales et psychologiques chez l’intéressé.

Rappelons-nous que le management, et on a tendance à l’oublier, est avant tout une très grosse responsabilité à l’égard d’autres êtres humains. Il n’est pas possible de faire les choses à moitié dans ce domaine, sous peine de créer des désastres, non seulement pour les personnes concernées, mais pour la performance de l’entreprise.

En conclusion: le management peut s’apprendre sur le plan des aptitudes techniques. Les compétences psychologiques et sociales peuvent, quant à elle, être développées et enrichies, mais s’il n’y a pas une solide base d’inné, les progrès seront limités. Il est donc passablement exagéré de prétendre que le management peut s’apprendre, en termes absolus.

4 comments for “Le management peut s’apprendre. Vraiment?

  1. 17 juin 2016 at 15:40

    Merci Bernard!

  2. 14 juin 2016 at 15:49

    Merci Bernard pour ce billet. Je retiens donc que chacun n’est pas taillé pour ce rôle de manager. Et que ce sont ces compétences psychologiques et sociales innées qui manquent souvent lors d’une nomination d’un collaborateur au poste de cadre. Ma question: comment faire pour déceler cette part « innée » chez un candidat? Des tests de personnalité? Si oui, quels sont les types de personnalités qui ont le plus de chance de réussir comme manager?

    • 17 juin 2016 at 9:09

      Merci, Marc, pour ces questions bien fondamentales.
      1. La solution se trouve à la tête et dans la tête: chez les propriétaires de l’entreprise, qu’il s’agisse de privés ou d’institutions. Ont-ils (vraiment) la conviction qu’un management mettant tout en oeuvre pour la mise en valeur de ses collaborateurs sera le meilleur garant de la performance?
      2. Dans l’affirmative, ce sera le signe que ces personnes disposent des qualités évoquées. Dès lors, elles choisiront automatiquement des subordonnés à leur image.
      3. A partir de là, du CEO au chef d’équipe, les choix se porteront, par capillarité, sur des personnes disposant des qualités innées dont nous parlons.
      4. Cela paraît simple, mais croyez-moi, ça l’est. Notre problème aujourd’hui est dû à un cocktail explosif mêlant vision à court terme axée sur des facteurs exclusivement financiers, croyance aveugle dans les vertus des processus ainsi qu’une frénésie d’hyper réglementation générale dévastatrice de notre société.
      5. En résumé, il est vital de placer à la tête des entreprises de vrais leaders et non des espèces de contrôleurs de gestion de luxe.
      6. Par conséquent, et vous l’aurez compris, on peut bien entendu utiliser des outils pour détecter des qualités chez un candidat, mais l’essentiel doit être obtenu grâce aux compétences humaines de la hiérarchie chargée de recruter. Les outils ne doivent rester que des compléments.
      7. Quant aux types de personnalités qui ont le plus de chance de réussir, je souhaite éviter les catégories. Voici donc quelques mots clés : aisance relationnelle, empathie, esprit positif cherchant à mettre en valeur les autres, capacité particulière à écouter, valeur d’exemple, capable de combiner bienveillance et attitude conséquente. Type mâle dominant s’abstenir !
      J’espère avoir répondu à votre question et suis à votre disposition.
      Meilleures salutations.
      Bernard

      • Sonia Preisig
        23 juin 2016 at 17:31

        Une femme, une mère en somme.

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