Le changement pour le changement: dangereux, très dangereux!

Dans un monde où les sphères dirigeantes sont encore bien trop souvent constituées de messieurs de la typologie «mâle dominant», il est de bon ton, lorsqu’un cadre reprend la direction d’une équipe – tout niveau confondu -, qu’il «bouge» l’organisation de fond en comble, et tout de suite. C’est bel et bien, à l’instar de l’animal, une façon de marquer son territoire et de justifier sa nomination.

S’il est au sommet d’une hiérarchie conséquente, en qualité de CEO d’une multinationale, par exemple, ce sera un véritable tremblement de terre qui ébranlera toute l’entreprise, avec ses multiples répliques au travers de l’ensemble de l’organigramme. La peur va gagner l’entreprise, avec toutes les conséquences néfastes que l’on peut imaginer.

Remplacements, dégradations, nominations, parachutages, division de certaines équipes, fusion d’autres, bref, tous les ingrédients de la déstabilisation sont en général jetés dans la marmite du changement éclair. Que celui-ci soit vraiment nécessaire lorsque les affaires vont très mal est une réalité incontournable. Mais trop souvent, le changement survient en tant que moyen pour un nouveau manager de montrer qu’il est là et, dans ce cas, la question de la justification est posée.

Recourir d’entrée au jeu des chaises musicales véhicule clairement un message dangereux, que l’on peut schématiser comme suit: «il n’y a personne d’assez compétent parmi vous, je m’appuie donc sur de nouvelles personnes». Autant dire que si le nouveau chef a la bonne idée, assez fréquente il faut le dire, d’emmener avec lui sa garde rapprochée, ce sentiment se répandra comme une traînée de poudre.

Il est vrai que le manager en question, même bien intentionné à l’égard des personnes en place, est soumis à de multiples pressions venant autant du haut que du bas. Sa hiérarchie veut voir de l’action. Plus paradoxalement, ses subordonnés vont également juger son arrivée à l’aune des changements qu’il entreprendra ou non. Ainsi, un chef qui ne «secoue» pas tout de suite l’organisation va susciter de l’étonnement, voire même un certain scepticisme.

C’est à ce moment-là qu’il doit se montrer solide. Une entrée en fonction en douceur constitue la meilleure garantie de réussite. En effet, à l’instar de la présomption d’innocence en matière pénale, il est vital de partir du principe lors d’une prise en main d’une nouvelle équipe qu’elle est constituée de personnes compétentes. Le signal de confiance suscitera des vocations, créera de l’adhésion et fera émerger les esprits créatifs, dynamiques et désireux de coopérer, autant de forces pour le nouveau chef.

Cette manière de procéder rassurera les personnes sur lesquelles l’entreprise peut compter. En effet, une fois passées les premières craintes suscitées par son arrivée, les bons éléments vont redoubler de volonté et soutenir l’effort commun. Cela créera une force autour du nouveau chef et donnera un signal aux éventuels éléments toxiques. Ces derniers se trouveront bien vite mis en évidence, sans que le nouveau chef ait eu besoin de recourir à une chasse aux sorcières. Il pourra alors s’occuper d’eux en toute connaissance de cause et éviter de se tromper de cible.

L’inverse est également vrai. Un nouveau chef qui distille la peur fera partir en premier les plus performants qui, dotés d’un esprit plus dynamique et de compétences plus grandes, peuvent plus facilement faire le saut vers un concurrent. Compris comme un moteur de progrès pour adapter l’entreprise à son marché, le changement est une action absolument nécessaire. Mais s’il répond au besoin de suivre religieusement un précepte distillé comme une tendance branchée par certaines écoles de management, il répand alors véritablement un poison dans l’organisation.

Pour un manager, prendre ses fonctions en douceur et avec sérénité, – ce qui n’empêche en aucun cas d’être conséquent et exigeant -, c’est faire preuve de force positive et de maîtrise de son sujet. Toutes qualités qui vont lui permettre de créer adhésion et motivation, soit les ingrédients indispensable à l’atteinte de performances élevées et durables pour son entreprise.

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