Des données qui dérangent

Le NIOSH, l’institut national américain pour la santé et la sécurité au travail, est LA référence mondiale incontestée en matière de recherche, formation et promotion dans ce domaine.

En 1998, le NIOSH présentait, dans l’une de ses newsletters, les résultats d’une étude qu’il avait financée et confiée à un éminent spécialiste de la charge économique, sur la société, des accidents et maladies professionnels. Cette étude démontrait clairement le poids économique gigantesque que représentaient les accidents et maladies professionnels sur la société, qui dépassait largement celui de grands fléaux comme le sida, le cancer, les maladies cardiovasculaires, etc.

En 2011, cette étude, remise à jour, confirmait cet impact prépondérant des mauvaises conditions de travail sur l’économie. Elle n’incluait pas encore les risques psychosociaux en pleine explosion.

En 2017, des chercheurs du NIOSH apportaient un nouvel éclairage, encore plus éloquent, en démontrant que l’impact n’était pas seulement économique mais concernait aussi la qualité de vie des travailleurs eux-mêmes, de leur famille, la communauté, l’employeur et la société. Les auteurs s’étonnaient que ces données n’aient toujours pas interpellé les décideurs et supposaient qu’ils n’avaient peut-être pas encore conscientisé la vraie charge économique en termes de mortalité, de morbidité, d’invalidité et de souffrance, confirmée par de nouvelles données internationales.

Les faits, les chiffres, les preuves sont là et il n’y aurait que les professionnels de la santé au travail qui les connaissent? Bizarre…

D’un autre côté, un problème dont tout le monde parle et s’inquiète est celui des risques psychosociaux et en particulier du burn-out. On sait qu’ils coûtent cher aux entreprises et aux personnes touchées, mais on n’arrive pas à enrayer leur progression depuis plus de 20 ans. Pourtant on sait ce qu’il faut faire: les études et propositions à ce sujet sont innombrables mais elles ne portent par leurs fruits car ici encore, les décideurs semblent indifférents et ne prennent aucune mesure efficace pour arrêter cette épidémie.

Un autre indicateur révélateur de ce désintérêt apparaît dans le financement de la recherche. En Suisse par exemple, le Fonds national alloue à la Santé et Sécurité au Travail des sommes dérisoires en comparaison de celles allouées au cancer, au sida, aux maladies cardiovasculaires, etc. Et ce malgré le fait que la souffrance au travail a un impact considérable sur l’économie, la qualité de vie professionnelle et privée, sur les entreprises, la communauté et la société.

Qui va sortir les décideurs de leur léthargie et leur faire comprendre que derrière ces chiffres et ces statistiques se cachent de grandes souffrances humaines qu’il est indigne d’ignorer? Il semble que les professionnels de la santé au travail n’aient pas été suffisamment clairs, convaincants et pugnaces. Quant aux partenaires sociaux (employeurs, employés et État), leur silence est assourdissant.

Sont-ils vraiment si ignorants? Il est temps de se réveiller et d’assumer, chacun à notre niveau, notre responsabilité sociale.

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