«C’est un poids bien pesant qu’un nom trop tôt fameux» (Voltaire)

La soirée commence bien. Une fois les politesses d’usage échangées, il est temps de prendre l’apéritif. Un convive me demande: «Et toi tu fais quoi dans la vie?» Après un court moment d’hésitation, je réponds: «Je travaille dans les Ressources Humaines».

A ce moment-là, comme souvent, le commentaire fuse: «Donc tu licencies et tu recrutes les gens.» Rapidement, la discussion s’engage sur d’autres sujets. Les réactions suscitées par l’évocation des «Ressources Humaines» sont régulièrement un mélange de crainte et d’une image de marque de la fonction pas «jolie, jolie».

Quelques jours plus tard, au bureau, il n’y a plus de place sur le parking employés. Je me gare donc sur une place visiteur, le temps d’aller accueillir le candidat qui m’attend. Un gardien s’approche de moi: «Vous n’avez pas le droit de vous garer ici.»

Je lui explique la situation. Rien n’y fait. Il m’assène la menace suprême «si je vous y reprends, je préviens la DRH». Il n’a évoqué ni la Sécurité ni le service Facilités, mais bien la DRH! Cela devrait susciter chez moi une crainte qui m’éloignera longtemps de ce parking.

Que retenir de ces deux petites histoires? La fonction RH est trop souvent la mal-aimée dans l’entreprise…à égalité avec la fonction IT.

Malgré notre bonne volonté, rien n’y fait. Cette image brouillée nuit à notre efficacité. Alors qu’on s’interroge souvent sur nos modelés d’organisation, nous passons peu de temps à essayer de régler un sujet fondamental: notre marque.

Le nom «Ressources Humaines» est nul. Personne ne comprend vraiment ce qu’il signifie. Dans une société où la communication se simplifie à l’extrême, il semble à la fois désuet et dépassé, et ne répond plus aux exigences de la «com. 2.0.». Face à de nouvelles générations à la recherche de sens et d’humanité, il est compliqué, trop technique et manque de «saveur». Et puisqu’il ne veut rien dire, chacun est donc libre d’apporter sa propre acception, basée sur des expériences individuelles.

Le nom «Ressources Humaines» est inadapté. La fonction RH est la seule à laquelle toute personne de l’entreprise a été, est, ou sera exposée un jour. Ceci devrait être un avantage unique et une merveilleuse opportunité. Il n’en est rien, car c’est aussi notre plus gros problème. En effet, comme chacun est à un moment donné en contact avec une personne de la DRH, chacun se construit une expérience basée sur une situation et un contexte spécifique.

Il suffit que cette expérience ne soit pas parfaite pour que l’image générale soit brouillée. Un refus d’augmentation: la faute à la DRH. Une promotion qui ne se concrétise pas: mauvais HR. Un recrutement qui ne débouche pas: encore les mêmes responsables. La fonction RH qui se veut globale et universelle reste fortement ancrée – et soumise – aux perceptions individuelles.

Le nom «Ressources Humaines» est incorrect. Un nom compliqué et une base client incontrôlable n’aide pas à rendre l’image de la DRH claire et attrayante. A cela s’ajoute un autre problème. Les RH doivent faire un grand écart constant entre des aspirations individuelles et des besoins organisationnels. C’est l’essence même du métier.

Cependant l’écart entre ces deux rives semble s’accroître avec d’un côté des organisations de plus en plus complexes et de l’autre des attentes des salariés de plus en plus «individualisées et fluctuantes». Entre les deux, la fonction RH semble trop souvent figée, coincée entre des messages marketing incompatibles et des injonctions paradoxales.

Un exemple? Comment se construire une image simple quand des entreprises déclarent que leurs employés sont leur principale force et qu’en même temps elles se réorganisent constamment en laissant au bord de la route certains de ces mêmes salariés?

Cet exemple est peut-être simpliste, mais il résume parfaitement le problème de l’association entre «ressources» et «humains». Ici, «Ressource» semble dévorer «Humains».

L’association de ces deux mots est un triste exemple d’erreur marketing que nous trimballons depuis trop longtemps. A nous de nous en débarrasser. Certaines entreprises ont déjà essayé, avec plus ou moins de succès. Mais ces initiatives sont trop peu nombreuses.

Le cœur du problème n’est finalement pas notre nom. C’est bien notre incapacité à en changer. Ou pire, notre incapacité à voir qu’il y a un problème.

Parce que nous nous regardons encore trop souvent comme des ingénieurs qui développent un beau produit. Nous faisons de l’engineering RH, en considérant que nos «produits» se vendront tout seuls.

En 2016, les produits qui marchent sont ceux qui parlent d’eux-mêmes et qui créent de l’attachement sentimental. Commençons donc à penser en marketeurs, non en techniciens.

Alors, quand vous lisez «Ressources Humaines», que ressentez-vous? Répondez en 140 caractères…

4 comments for “«C’est un poids bien pesant qu’un nom trop tôt fameux» (Voltaire)

  1. Marie-Hélène Blain
    23 juin 2016 at 16:00

    Le coeur du système: le capital humain est celui qui fait vibrer l’entreprise, qui lui donne son âme et sa culture.

  2. 23 juin 2016 at 7:40

    La question n’est pas le nom, mais la définition ou le « branding » qui identifiera l’intérêt et la reconnaissance de la fonction. Comme tout produit, on devrait pouvoir le consommer avec plaisir et modération, sans oublier de se renouveller.

  3. Olivier A. Maillard
    21 avril 2016 at 9:36

    Une «ressource» peut s’acheter, se consommer, se revendre ou se jeter.
    Un «capital» se construire, se développer, s’entretenir, se soigner…

    (En 140, pile! ;-))

  4. 31 mars 2016 at 15:48

    Forces vives!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *