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Critique de la déraison pure: la gouvernance assassine!

Nous le savons tous: aucun salarié jamais n’a pu se motiver lui-même – ni être motivé – par la seule perspective d’enrichir un actionnaire lointain, anonyme, aussi distant qu’in-engagé, parcellaire propriétaire de l’entreprise qui l’emploie. Qu’il s’agisse d’un petit rentier bedonnant, soignant son embonpoint en sirotant de la bière sur les plages de Floride, ou bien d’un spéculateur avide et prédateur, qui, sur les places boursières, ne gagne de l’argent que lorsque d’autres en perdent, cet actionnaire-là n’a aucun affectio societatis et guère que des dollars dans les yeux.

Comment évaluer le potentiel d’un homme immortel?

C’est la troisième fois que Laurence m’écrit. Elle est plutôt sympathique, Laurence. Depuis que je l’ai croisée durant mes vacances, elle ne cesse de répéter le bonheur qu’elle a eu de me rencontrer dans ce camping de bord de mer où j’ai loué un bungalow en famille. Elle évoque non seulement des souvenirs qu’elle qualifie de merveilleux, mais aussi sa volonté d’améliorer encore nos expériences communes dans le futur. Elle m’adresse ses plus cordiaux messages, en évoquant encore la fidélité qui nous lie. Oui, elle cultive la proximité, Laurence. Elle me tutoie, et tient maintenant à ce que je lui donne mon avis en tête-à-tête. Comment dire? C’était une bonne semaine de vacances, avec une infrastructure moderne et des animations à gogo, même si une climatisation digne de ce nom manquait et que le personnel de restauration était parfois débordé.

Pouvoir ô pouvoir!

Dans le cadre d’interventions groupales qui ont pour thème «le sens au travail» et «la motivation», je me retrouve face à un paradoxe: les personnes avec qui j’ai le plaisir d’échanger sont en majorité très engagées dans leur activité. Malgré leur besoin de reconnaissance et leur manque de motivation, qui leur grignotent beaucoup d’énergie, ces personnes sont non seulement engagées dans leur travail mais ont aussi, comble du bonheur pour leur employeur, une loyauté et un sens des responsabilités envers le client et l’entreprise.

Comment fabriquer un idiocrate?

L’idiocratie managériale est une pandémie moderne et galopante. Elle transforme de belles personnes pleines de bon sens en zombies hiérarchiques, aux emportements mécaniques, qui ne se nourrissent plus que de présentations powerpoint, de chiffres ou de ratios arrangés, d’injonctions délétères (toutes urgentissimes) et finalement d’inhumanité rationnelle autant que de bonnes intentions.

Hautement contagieuse, cette dépersonnalisation progressive ou brutale s’enracine dans plusieurs conditionnements aussi toxiques que pathogènes. Son coût réel, humain, social, économique et financier est simplement monstrueux.

Faible rotation du personnel: gage de succès?

Le magazine Bilan vient de publier les résultats de l’enquête «Meilleurs employeurs romands». Il y a notamment un prix qui récompense les meilleures pratiques RH. Parmi les premières places? UBS, le CERN ou les SIG. Les arguments avancés: congé paternité modulable, divers jours de vacances en fonction de l’ancienneté ou encore des cours de yoga pour rester en forme. Ce prix est perçu comme une reconnaissance pour la marque employeur, il contribue à attirer et fidéliser les employés.

Miroir, ô mon miroir, qui est le plus beau? Et le plus sportif?

Récemment, je parlais avec deux de mes amis de l’activité physique que nous arrivons à exercer durant la semaine. L’un, appelons-le Jean, fait du sport régulièrement mais a une façon très réservée, presque dévalorisante, de parler de ses performances physiques: il n’est pas en forme, il n’en fait pas assez, les amis avec lesquels il fait du vélo sont meilleurs. Mais son apparence physique crie le contraire: mince et tonique.

L’autre ami, appelons-le Paul, a plus de signes extérieurs de manque d’exercice physique: il est en surpoids et jouit avec entrain des plaisirs de la vie. Ce qui, soit dit en passant, est aussi important – si ce n’est plus! – que de faire du sport, mais c’est une autre histoire. Paul est objectivement en moins bonne condition physique que Jean mais parle avec assurance du «sport qu’il fait tous les jours».

Bienveillance artificielle?

Notre époque est fantastique: pas un jour qui n’apporte son lot de découvertes extraordinaires. Publiées dans la revue Cognitive, Affective & Behavioral Neuroscience, les conclusions des récents travaux d’une équipe de chercheurs genevois (menée par le Professeur Tobias Brosch, de la faculté de psychologie de l’Université de Genève) sont remarquables.

S’étant concentrée sur le cortex ventromédian préfrontal, une zone du cerveau que nous utilisons pour nous projeter dans l’avenir en le visualisant, l’équipe scientifique a constaté sous IRM l’inhibition ou l’inactivité de cette zone chez certaines personnes. Celles-là se caractérisent par un comportement habituel de type égocentré ou égoïste. A l’inverse, celles montrant un authentique altruisme se sont révélées capables de mobiliser utilement cette partie de leur cerveau, dans toutes les perspectives temporelles possibles, afin d’adapter leurs comportements aux réalités du monde.