Detox Management

L’art du management s’apprend. Ailleurs que dans les business schools, à en juger par l’atonie productive, l’apathie créative ou l’inhumaine souffrance qui envahissent le monde du travail salarié. Motiver, décupler la performance, libérer l’innovation, inspirer le changement sont les bénéfices d’un management désintoxiqué.


Le leadership obscur

Des enluminures variées, ornant toute forme de leadership, ne cessent de fleurir, d’universités en MBA, de thèses en théories. Partout désormais, on l’entend qualifié d’organisationnel, de transformationnel, d’inspirationnel (à tout prendre, c’est mieux qu’expirationnel), voire de réflexif. Cette surenchère sémantique ne cache pas vraiment une certaine vacuité conceptuelle.

Le bore-out, une imposture?

Sans doute en est-il ainsi de toute découverte: elle suscite une surabondance d’interprétations ou d’extrapolations, immédiatement médiatisées.

Celle de la profonde et réelle détresse, née de la souffrance psychique au travail, est toute récente, devenue d’autant plus visible que la pénibilité physique du labeur salarié tend à disparaître des entreprises occidentales.

La vraie valeur de nos Valeurs: de la raisonance à la résonance

Me pardonnez-vous ce néologisme? Propre dit-on à notre nature humaine, érigée en déesse par la révolution française, métaphysiquement critiquée par Kant dans sa version pure, la raison, sous la forme abâtardie d’une raisonance permanente, nous envahit, sclérosant notre nature humaine, créant d’insolubles conflits, ratatinant chaque opportunité de transcendance ou de création.

Cette raisonance universelle a investi l’entreprise: le chiffre, le KPI et le dividende, déifiés à leur tour, sont les parangons de la réussite, quitte à laisser l’affairisme à court terme le plus destructeur agioter avec nos valeurs les plus humanisantes.

Le Leadership Incantatoire

L’incantation vaut-elle l’action? Le volontarisme au travail crée-t-il le dividende? Lors des séances, des réunions ou des comités auxquels je suis invité, j’entends souvent une musique discordante, fastidieuse tant elle s’impose. S’agitant autour d’un totem à tête de veau d’or, des leaders – apprentis-chamans – y psalmodient sans fin une étrange mélopée: «il faut, on doit, il faut, on doit, il faut, on doit, il faut, on doit…». En toutes les langues et sur tous les tons!

Un grand groupe international, visité en Europe l’été dernier, impose désormais à chaque collaborateur, dans un credo plastifié dans chaque bureau, cette même litanie incantatoire à base d’obligations sans cause, unique source de tout argument.

Certains gourous encore, promoteurs de méthodes dites nouvelles – en fait, maquillées d’appellations non-contrôlées et à consonances anglo-saxonnes -, font miroiter le nirvana économique, à grand renfort de: «il faut, on doit!» Il ne s’agit plus d’un tic, mais d’un toc – un trouble obsessionnel compulsif!