1% d’inspiration pour 99% de transpiration

Il est difficile de nier que notre époque est marquée par une focalisation sur l’être humain, son bonheur, son épanouissement, sa capacité à se transcender (quoi que cela veuille dire d’ailleurs). Que ce soit sur le front des générations ou sur celui des genres, la bataille pour des droits égaux bat son plein, ce qui est incontestablement une victoire, même si la guerre n’est pas gagnée.

Il n’est dès lors pas surprenant que nous soyons, à l’échelle individuelle et collective, autant centrés sur l’accomplissement de soi. Qui n’a pas dit à son enfant, à une amie, un parent, une collègue à la recherche d’un défi professionnel ou entrant sur le marché du travail: «Regarde à l’intérieur de toi, pense à ce pourquoi tu es fait, sois toi-même, épanouis-toi dans ce que tu aimes et qui te fais plaisir», et toutes sortes de variations sur le même thème?

Il n’y a probablement pas de pire conseil à donner, même si ce conseil part du meilleur sentiment. A de très, très rares exceptions près, le processus est inverse: c’est en faisant que nous apprenons à découvrir notre inclination pour une profession, ce en quoi nous sommes bons, et surtout moins bons, et ce que les autres apprécient en nous. Par conséquent nous trouvons les ressources internes nécessaires à poursuivre dans une voie, soit-elle académique, professionnelle ou de bénévolat, en exerçant une activité dans laquelle nous nous révélons avec du temps et de l’effort.

Après un tri grossier, nous devons tous commencer par prendre le risque de nous lancer dans un métier, avec volonté, endurance, ténacité et en fin de compte lucidité, pour déterminer si cette piste est la bonne, ou pas. En apprenant à nous connaître ainsi, le champ des possibilités se restreint très vite et des évidences font surface. Mais sans avoir essayé, authentiquement essayé, il est abstrait de déclarer notre (in-) habilité à quoi que ce soit. Et comme nous l’avons tous expérimenté, si l’on se croit «fait» pour quelque chose, la probabilité de déception, liée à une attente surfaite, entraîne plus souvent une désillusion à la hauteur de l’attente.

Un vieux classique en somme: c’est en forgeant que l’on devient forgeron (et que l’on apprécie le forgeage).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *